Lénaïg Le Bail a seulement 41 ans et présente déjà des états de service conséquents. La dernière ligne à ce jour : cheffe du Service interdépartemental de la police judiciaire (SIPJ) de Rennes. Un poste qu’elle occupe depuis début avril, après neuf ans dans les services centraux, à Paris. « Un retour dans des fonctions plus proches de la vie quotidienne de nos concitoyens », souligne-t-elle. C’est également un retour aux sources puisqu’elle est née à Rennes et a grandi dans la région, avant de partir pour ses études.

Sortie de l’École nationale supérieure de la Police en 2013, la jeune commissaire fait d’abord ses armes à Palaiseau (Essonne) puis à Fort-de-France (Martinique). En 2017, son parcours prend un tournant national. Elle intègre d’abord l’Office central pour la répression des violences aux personnes, où elle travaille sur quelques « cold cases », notamment les affaires Estelle Mouzin et Xavier Dupont de Ligonnès. Sans en tirer gloriole : « Ce sont des dossiers qui ont commencé avant que j’arrive et qui, pour un certain nombre, se poursuivent après. Les affaires qui m’ont le plus marquée, dans ce service, sont celles liées à la pédocriminalité, parmi les plus sordides qui puissent exister. »

Poursuivre la réforme décriée de la police judiciaire

En 2021, Lenaïg Le Bail intègre la sous-direction antiterroriste avant de diriger l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH). Sous sa houlette, ce dernier aura permis le démantèlement de plusieurs réseaux internationaux de prostitution. « C’étaient des services passionnants où on peut prendre de la hauteur de vue, avec une dimension stratégique, analyse-t-elle. On a la possibilité d’impulser des choses et de faire bouger certaines lignes ».

La voici donc de retour sur un poste de terrain, qui l’amène à piloter l’ensemble des investigations de la police en Ille-et-Vilaine. Quelque 300 agents sont placés sous son autorité. Elle a notamment la charge de poursuivre la mise en œuvre de la réforme très critiquée de janvier 2024. Une refonte qui a réuni dans un même service tous les effectifs de police judiciaire, de la petite et moyenne délinquance à la criminalité en bande organisée. Lénaïg Le Bail reconnaît « des difficultés » dans ce « grand écart ». Mais note aussi « des leviers » pour avoir « une vue d’ensemble sur toute la filière judiciaire ».

Une antenne de la BRI à Rennes ? « Un projet », temporise Lénaïg Le Bail

Autre dossier qui l’attendait sur son bureau à son arrivée : la possible création d’une antenne de la BRI. À ce jour, la Bretagne est peu dotée puisque cette unité d’élite de la Police nationale n’est présente qu’à Nantes. Or, les syndicats comme le haut commandement considèrent que la présence à Rennes de ces hommes surentraînés, spécialistes dans la traque et l’interpellation des bandes organisées, serait loin d’être superflu, vu l’essor de la violence liée au narcotrafic sur la capitale bretonne. Un détachement de la brigade nantaise pourrait y être installé dans les prochains mois. « C’est un projet, temporise Lénaïg Le Bail. Il y a encore beaucoup de questions sur le quand, le quoi et le comment. »

La quadragénaire se donne aussi un autre challenge : « Faire en sorte que les gens qui sont placés sous mon autorité travaillent dans de bonnes conditions et qu’ils aient envie de venir au travail. » Ce, au service des citoyens « qui viennent déposer plainte mais aussi de ceux qui, pour plein de raisons, ne le font pas et pour lesquels nous avons aussi une obligation de réussite ». Et celle qui est présentée comme une étoile montante de l’institution de conclure : « L’objectif de la police judiciaire, c’est d’essayer d’apporter à chacun une réponse car derrière chaque dossier, il y a une victime. »