Spiritueux contre spirituel ? Non. Et il n’y a pas péché. Les liqueurs présentées au forum Jorge François, rue Cronstadt, rappellent que la vie religieuse ne diabolise pas un petit coup à boire. Si aux noces de Cana, Jésus a changé l’eau en vin, dans leur montagne des Alpes-de-Haute-Provence, le père Gil Florini et Aurélia transmutent les plantes en liqueurs.

Lavande, thym, mélèze. D’emblée, le père Florini, créateur et président du forum so lidaire sous l’église Saint-Pierre d’Arène, met les choses au point : « C’est complètement naturel et fait selon la méthode des moines qui fabriquaient des liqueurs afin de guérir en gardant la matière des plantes. »

La princesse Charlène, équipée de gants en cuir, a relâché le faucon kobez ce lundi 11 mai sur le plateau de Calern.

Un nom qui a du sens

Car dans ces breuvages, « c’est juste de la plante, de l’alcool et du sucre ». La liqueur de lavande a pour but d’apaiser, celui de la liqueur de thym est de soigner les infections et le côté résineux du mélèze est censé calmer les bronches. Divins breuvages commercialisés sous la marque La Charita. « Un nom qui vient de charité, bien sûr, mais qui évoque également celui d’un secteur de la commune d’Ubraye, où se trouvait un monastère dans le haut Moyen-Âge. Sur ce secteur, les gens dans la précarité pouvaient cultiver et faire paître leurs bêtes. C’était un peu l’épicerie sociale de l’époque. Le nom de La Charita était là et on s’en sert. »

« On », c’est donc le célèbre curé niçois et Aurélia Munier. Tous les deux ont attache avec Ubraye, village du 04. L’homme d’église y va souvent. Quant à Aurélia, elle y est factrice et adjointe au maire pour un troisième mandat et très engagée dans la vie de la commune et du canton d’Annot. Cette dernière raconte le début de l’odyssée liquoreuse, en 2024 : « On aime la nature, les plantes, les bonnes choses, alors pourquoi ne pas créer des liqueurs ? »

Des espèces locales

Sans doute avec la protection du Saint-Esprit, même si Aurélia n’est pas une grenouille de bénitier, les choses se sont concrétisées : « On a fait le choix de prendre des plantes de chez nous, poursuit la jeune femme. On les récolte nous-mêmes, à la main, en saison : bourgeons et pousses de mélèze au printemps, lavande fine en juillet… »

Ensuite, tout se passe dans la cave d’Aurélia et de son mari, Sébastien : une fois ramassées, nettoyées, séchées pour la lavande, les plantes macèrent dans l’alcool pur. Entre un mois et demi et deux mois. Toutes les étapes sont scrupuleusement respectées, « toutes les stations, sourit le prêtre, même si ce n’est pas un chemin de croix… »

Une véritable alchimie

Il faut ensuite rajouter du sirop de sucre savamment dosé pour éviter les lourdeurs écœurantes, attendre en tenant compte de la température, filtrer, mettre en bouteilles. « Nous gérons toute la chaîne jusqu’à la cire des bouchons, aux étiquettes, à la communication. » Et le curé de rajouter : « C’est un vrai travail d’alchimie qui reprend les idées de sainte Hildegarde : faire les recettes au temps nécessaire pour que la plante se donne. »

Noix et châtaigne à venir

Les premières fioles affichant 26 degrés, ont été présentées en 2025 sur des marchés de montagne. On les trouve désormais chez un producteur de Manosque, un autre d’Annot, un caviste d’Entrevaux et au forum Jorge François (1). La petite bouteille de 20 cl est vendue 13 euros, celle de 50 cl, 24 euros. Les prochaines saveurs ? Liqueur de noix aux épices et une version à la châtaigne.

1. Contacts : lacharita@gmail.com ou 06 82 56 66 44. Également sur Facebook : lacharita04 et Instagram : la_charita04.