Le parti Reform UK est sorti grand gagnant des élections locales britanniques, qui se sont déroulées jeudi 7 mai. En plus de remporter plus de 500 sièges municipaux, le mouvement populiste et anti-immigration de Nigel Farage progresse dans de nombreux bastions historiques du Labour, notamment dans le nord de l’Angleterre et du Pays de Galles. À l’inverse, le parti du Premier ministre Keir Starmer subit un lourd revers à l’issue du scrutin. « Les résultats sont aussi mauvais que prévu pour les travaillistes, voire pires », résume le célèbre analyste John Curtice auprès de Reuters.
Ces deux dernières années, Reform UK a réalisé une ascension éclair en s’appuyant sur ses promesses de renforcement des contrôles aux frontières et de l’État de droit, mais aussi de souveraineté parlementaire. Alors que le parti affirme vouloir limiter l’influence des instances internationales sur le pays, une enquête d’Al Jazeera révèle qu’il repose largement sur des financements étrangers.
Des financements opaques
En examinant les finances du parti, le média a découvert des flux transfrontaliers, effectués par de riches donateurs, comme l’investisseur britanno-thaïlandais Christopher Harborne. Cet amateur de cryptomonnaie est le principal soutien du parti, auquel il a versé plus de 22 000 000 de livres (ou plus de 25 000 000 d’euros). Le 29 avril dernier, le Guardian divulguait déjà que son leader, Nigel Farage, a avait reçu de la part du milliardaire un don personnel de 5 000 000 de livres (près de 5 800 000 d’euros) au début de l’année 2024, quelques semaines avant qu’il annonce sa candidature aux élections législatives dans la circonscription de Clacton.
Ce cadeau n’a pas été déclaré par l’homme politique, bien que le règlement parlementaire stipule que tout avantage perçu au cours des douze mois précédant l’entrée en fonction doit l’être, qu’il soit à but politique ou personnel. Accusé d’avoir dissimulé cette somme au public, Nigel Farage a depuis réagi en affirmant que cet argent lui avait été offert pour lui « assurer une sécurité financière à vie ».
Des voyages controversés
En outre, de nombreux autres déplacements de Nigel Farage à l’étranger, presque tous frais payés, sont mis en lumière dans le registre des intérêts financiers des parlementaires britanniques. En janvier, le Financial Times dévoilait, après consultation du document, que les Émirats arabes unis ont déboursé en décembre environ 1 000 livres sterling (1 155 euros) pour le faire venir à Abou Dabi et 9 000 dollars (10 405 euros) en laissez-passer pour le paddock du Grand Prix d’Abou Dabi 2025. Selon le trésorier du parti Nick Candy, ce voyage aurait été organisé à l’initiative des dirigeants des Émirats arabes unis qui « souhaitaient s’entretenir avec Reform UK en raison de leur opposition commune aux Frères musulmans ».
Christopher Harborne, encore, aurait dépensé environ 25 000 livres (28 895 euros) pour inviter Nigel Farage aux Maldives. Le dirigeant du mouvement présente dans le rapport ce séjour de trois jours comme une « mission d’aide humanitaire ».
Enfin, en novembre, un autre important donateur, le milliardaire libano-nigérian Bassim Haidar a dépensé environ 55 000 livres (près de 64 000 euros) pour que Nigel Farage et deux de ses collaborateurs se rendent aux États-Unis pour une « conférence et un événement caritatif », selon le registre parlementaire.