Posted On 11 mai 2026
Le premier acte du mandat de Laurence Ruffin restera dans l’histoire grenobloise comme le sommet de l’insignifiance politicienne. La majorité a choisi de consacrer sa première délibération à un manifeste purement incantatoire : la mise en place d’une prétendue clause de « résistance républicaine ». Ce simulacre de combat moral, déconnecté des réalités quotidiennes, masque mal la vacuité d’une équipe qui préfère les postures éthérées aux décisions concrètes attendues par les Grenoblois.
UN SYMBOLE DE VACUITÉ
Dès le début du conseil municipal, Clément Chappet, président du groupe d’opposition, a fustigé cette manœuvre en dénonçant un « manifeste purement symbolique, qui n’entraîne rien de concret, qui ne sera jamais suivi d’effets parce qu’il n’a aucune prise avec la réalité de la ville ».
Car ce choix initial confirme une volonté délibérée de poursuivre la méthode Piolle : saturer l’espace médiatique de grands mots pour faire oublier l’absence de résultats. En envoyant ce signal d’esquive des urgences de la ville, Laurence Ruffin démontre qu’elle privilégie le théâtre militant à la gestion attendue d’une municipalité en déliquescence.
Place Gre’net : une clause « très politique »
LE CONSEIL MUNICIPAL COMME INSTRUMENT MILITANT
Sur le fond, derrière la parure républicaine, se cache en réalité une délibération de pure sémantique orientée politiquement. Delphine Bense, conseillère municipale d’opposition, dénonçant à juste titre une « grille de lecture militante, dans laquelle vous empilez des causes dans hiérarchie ».
En effet, tout y passe : création d’un « observatoire local de l’état des droits et des libertés », « réseau international de villes résistantes face à l’incitation à la haine raciale, à l’antisémitisme et au néofascisme » ou encore lutte contre « la montée de l’extrême droite « …



Bien sûr pas un mot dans la délibération de « résistance » sur l’extrême-gauche qui agresse, incendie et dégrade tout à Grenoble
LA SOUMISSION SÉMANTIQUE ET ÉLECTORALE À LFI
Et ce débat a révélé à quel point l’alliance technique nouée avec l’extrême-gauche radicalisée de LFI promet des lendemains sombres, parce que la majorité de Ruffin a cédé à tous les amendements du groupe d’Allan Brunon, pour ajouter des pamphlets sur « l’islamophobie » ou un prétendu « agenda réactionnaire d’extrême droite » dans les médias… Une soumission sémantique aux troupes de Mélenchon qui en dit long sur l’orientation de cette nouvelle municipalité.
LE CAMP DU BIEN EXCLUSIF
La rhétorique utilisée par la majorité vise en fait à cliver et à disqualifier toute contradiction démocratique. L’avocat et élu d’opposition, Thierry Aldeguer, relevant que la délibération « n’a aucune portée, aucune valeur normative, aucun effet contraignant », a pointé le fait que l’unique but est de s' »autoproclamer comme le camp du bien », transformant le conseil municipal en une instance de proclamation morale.
Cette stratégie de stigmatisation de l’adversaire permet de masquer la faillite du projet municipal de Ruffin rejeté par 70 % des électeurs. En s’enfermant dans cet entre-soi idéologique, Laurence Ruffin tourne le dos à sa promesse d’être « Maire de tous les Grenoblois ».
L’HYPOCRISIE SUR LES VALEURS RÉPUBLICAINES
La délibération révèle aussi une confusion profonde sur le rôle d’une municipalité dans notre État de droit. Nathalie Béranger a souligné que « le garant ultime des valeurs républicaines reste l’État », encadré par la Constitution et le Conseil constitutionnel. Ainsi en prétendant ériger Grenoble en rempart isolé, Laurence Ruffin alimente une sorte de séparatisme municipal.
C’est d’autant plus hypocrite que, comme l’a rappelé Emilie Chalas, les verts « ont passé le mandat précédent à contester les dispositifs légaux nationaux » comme le contrat d’engagement républicain. Comment cette équipe, qui traitait de liberticides les règles de transparence imposées aux associations par la loi, peut-elle aujourd’hui se prétendre garante des valeurs de la République ?
DES ACTES EN CONTRADICTION
C’est enfin le décalage entre les discours et la brutalité des faits qui saute particulièrement aux yeux. « Entre les principes affichés et la réalité des décisions prises, l’écart est manifeste » a balayé Pierre-Edouard Cardinal.
L’élu d’opposition citant un exemple concret : « vous évoquez le soutien à la vie associative et citoyenne (…) Sur le terrain, de nombreuses associations grenobloises font face à des difficultés très concrètes : financement incertain, problèmes d’hébergement, manque de visibilité. J’ai moi-même saisi votre adjoint à la vie culturelle il y a bientôt deux semaines sur une situation précise. (…) Aucun retour, aucune réponse ».
DÉBATS IDÉOLOGIQUES ET SÉMINAIRES GOMMETTES
Pendant que le conseil s’épuise en débats sémantiques, le niveau de service à Grenoble continue de s’effondrer, l’insécurité, la dégradation de l’espace public, la vacance commerciale restent la norme, et pendant ce temps, Laurence Ruffin organise des séminaires « gommettes » à la mairie et des débats qui n’aboutissent à rien en conseil. Cette déconnexion pathologique confirme que la priorité municipale reste l’idéologie, bien avant l’amélioration du quotidien des Grenoblois.



Pendant ce temps : la bétonisation se poursuit, ici quartier Championnet (à gauche) ; la saleté de la ville est la même, ici à Villeneuve (au centre) ; les dealers du Village Olympique se sentent en totale impunité et affichent le menu (à gauche)
LE HOLD-UP DÉMOCRATIQUE
Autre clé d’explication : élue au bénéfice d’un barrage et non d’une adhésion, Laurence Ruffin porte le poids d’une illégitimité qui la condamne à la paralysie. Pour compenser ce manque de souffle, elle se drape dans une vertu républicaine de façade, espérant ainsi museler une opposition qui, au premier tour, était arrivée en tête, et s’acheter LFI à qui elle doit son élection et qui le lui rappelle bien. Mais cette manipulation des symboles nationaux à des fins de survie politicienne est indécente.
RIEN NE CHANGE POUR LES GRENOBLOIS
Car rien n’a changé sous les ors de la mairie, si ce n’est l’incarnation d’un système qui refuse de changer. Cette première délibération est la signature d’une municipalité qui se regarde le nombril pendant que la maison brûle. Le mépris des faits et l’arrogance intellectuelle restent les seuls piliers de cette gouvernance toujours aussi autoritaire, vouant Grenoble à de tristes années de régressions supplémentaires. « Vous n’améliorerez la vie de personne en commençant par une instrumentalisation de cette assemblée pour servir votre agenda politique » a résumé Clément Chappet.
UN TRISTE SYMBOLE INITIAL
Ce premier acte délibératif restera comme le triste symbole d’une mandature mort-née, incapable de saisir l’ampleur des défis grenoblois. En choisissant l’incantation plutôt que l’action, Laurence Ruffin confirme sa déconnexion totale de ses administrés qui attendent légitimement des actes. Ce hold-up idéologique en instrumentalisant des valeurs à des fins politiciennes ne suffira pas à masquer le vide sidéral du programme Ruffin qui, après 2 mois de mandat, n’a toujours mis aucune vraie proposition sur la table.