Nommé directeur général de l’ICM en 2016, Marc Ychou explique les évolutions dans la prise en charge du cancer depuis dix ans et quel cap pour l’établissement durant le mandat à venir.
Vous êtes reconduit à la tête de l’ICM pour un troisième mandat. Qu’est-ce-qui a changé en dix ans dans la prise en charge contre le cancer ?
Il y a eu des évolutions dans tous les domaines de prise en charge. L’arrivée de la chirurgie robotique permet plus de précision, moins de cicatrices et moins de complications. La chirurgie ambulatoire s’est aussi beaucoup développée. La radiothérapie a énormément évolué en même temps que l’imagerie. De nouvelles techniques de radiothérapies guidées par IRM ont vu le jour. La radiothérapie adaptative permet d’adapter le traitement pendant la séance afin que la tumeur reste bien dans la zone contourée. Les thérapies ciblées sont de plus en plus précises grâce à la biologie moléculaire qui permet de trouver des mutations de gènes ciblées par les traitements. Et puis l’immunothérapie, qui est une véritable révolution. L’ICM a accompagné toutes ces évolutions.
L’ICM, pionnier de la chirurgie robotique, s’est doté du robot da Vinci 5. Tous les établissements de santé se tournent vers la robotique. Complémentaire ou concurrentiel ?
C’est totalement complémentaire. La robotique a d’abord été développée pour la chirurgie urologique et thoracique. L’ICM a une spécificité sur la chirurgie robotique colorectale. C’est pourquoi nous nous sommes équipés de la dernière génération du robot da Vinci fin 2025. Nous l’associons à des programmes de recherche pour démontrer la plus-value qu’apporte la chirurgie robotique. Nous avons déjà promu une étude européenne pour comparer les différents types de chirurgie dans les cancers du rectum.
L’immunothérapie, la grande révolution
La prise en charge du patient semble moins uniforme et plus spécifique à chacun. Une tendance qui va se renforcer ?
On cible de plus en plus les traitements. En imagerie, on délivre des rayons dans des cibles toujours plus précises. Les thérapies médicales quant à elles visent des altérations génétiques avec des médicaments dits ciblés.
L’immunothérapie est la grande révolution des dernières années : a-t-elle tenu ses promesses en termes de rémissions ?
C’est la plus grande avancée car des anticorps permettent de restaurer l’immunité du patient. On ne vise plus les cellules cancéreuses. Nous avons des projets de vaccinothérapie. On prélève des cellules et on les rend efficace contre les cellules cancéreuses en laboratoire avant de les réinjecter. C’est la technique des CAR T cell. Elles sont d’une grande efficacité dans les tumeurs liquides, en hématologie, cela se fait au CHU de Montpellier. La recherche commence à se développer pour les tumeurs solides pour de nouveaux essais. C’est plus compliqué.
Quel regard portez-vous sur l’apport de l’intelligence artificielle dans la détection ou le traitement des cancers ?
Cela va aider les médecins dans beaucoup de domaines. Dans l’imagerie c’est déjà le cas avec la biopsie virtuelle. L’imagerie n’est pas qu’une interprétation mais elle permet d’analyser ce qui se passe dans la tumeur : cela en est encore au stade de la recherche. C’est une aide au diagnostic. La biopsie reste encore le standard. L’IA ne remplacera pas les médecins. Cela aidera à réaliser des tâches répétitives qui vont libérer du temps au médecin. Des études montrent que l’IA fait de meilleur diagnostic. Je ne suis pas convaincu.
Que pèse l’ICM aujourd’hui au niveau national ?
On est passé d’un centre de référence régional à un centre de niveau européen. L’effectif a augmenté de 30 % avec 1 300 personnes dont 560 médecins. Le budget est passé de 120 M€ à 200 M€. On a rénové et construit de nouveaux locaux comme la nouvelle consultation sur 1 300 m², le plateau des soins de support sur la même surface. On a un nouveau bloc opératoire. L’ICM prend en charge 43 000 patients par an. L’essentiel vient de l’Hérault, l’Occitanie est et 15 % d’autres régions.
Outre votre projet Amber avec la société américaine, quelles sont vos autres priorités pour le mandat à venir ?
En dehors de l’hôpital clinique, on a aussi l’IRCM, l’institut de recherche, dont nous sommes cotutelles avec l’Inserm et les Universités. Ce noyau a été au cœur du développement de Siric. Nous avons obtenu la labellisation trois fois d’affilée dans un consortium avec le CHU, les Universités, l’Inserm et le CNRS. C’est une base très solide. Nous voulons aller au-delà et créer un bâtiment pour le futur Centre de transfert et d’innovation en oncologie (CTIO). Il s’agit de faire le lien entre la recherche fondamentale, la recherche clinique et leur transfert en les valorisant via des start-up. Les travaux démarrent fin 2027 via des fonds de la Métropole, État et Région via les fonds Feder, l’Inserm et l’Université de Montpellier. Ce CTIO sera édifié sur un terrain de 12 000 m² qu’a acquis la Métropole. Ce projet s’inscrit dans le cadre de Medvallée.