Depuis plusieurs mois, les signaux d’alerte se multiplient autour des stocks de missiles russes. Sur les chaînes Telegram proches du Kremlin, certains correspondants de guerre tirent désormais la sonnette d’alarme. L’un d’eux, Vladimir Romanov, lançait au début du mois d’avril un appel désespéré aux autorités militaires russes : « Donnez-nous des missiles pour les systèmes de défense ! Nous voyons les cibles et nous pouvons les abattre, mais nous n’avons plus rien pour le faire. »
Ces appels à l’aide révèlent que les vagues incessantes de drones ukrainiens épuisent progressivement les défenses aériennes russes, pourtant considérées parmi les plus puissantes du monde.
Depuis l’époque soviétique, la Russie a construit un immense arsenal de défense antiaérienne avec des systèmes comme les Tor ou les Pantsir. Ces véhicules sont capables d’abattre avions, hélicoptères ou missiles de croisière. Mais les drones ukrainiens sont venus complètement changer les règles du jeu.
Les derniers bricolages de l’armée russe
Des appareils parfois fabriqués pour quelques dizaines de milliers de dollars obligent Moscou à utiliser des missiles valant dix fois plus, explique Forbes, jeudi 7 mai. Un missile Tor coûterait plus de 600 000 euros, alors qu’un drone ukrainien peut coûter autour de 60 000 euros, poursuit le magazine économique. Résultat, les stocks russes fondent rapidement. Plusieurs observateurs ont même repéré des véhicules russes circulant avec des lanceurs à moitié vides ou équipés de vieux missiles datant parfois des années 1970.
Face aux pénuries, l’armée russe semble improviser. Des systèmes de défense modifiés, surnommés « FrankenSAM », ont été aperçus avec des missiles initialement conçus pour les avions de chasse. Certains anciens missiles navals ont aussi été adaptés pour être utilisés au sol. Selon le correspondant militaire russe Maxim Kalashnikov, certaines unités de défense aérienne ont même été envoyées combattre comme infanterie, faute de munitions suffisantes. Il explique que « pour six véhicules, il n’y a parfois qu’un ou deux missiles disponibles ». L’Ukraine affirme également que ses frappes de drones contre les usines russes aggravent cette situation en perturbant la production de composants essentiels.
Moscou protégée au détriment du front
La nouvelle priorité du Kremlin ? La protection de la capitale. Ces dernières semaines, de nombreux systèmes Pantsir ont été déplacés autour de Moscou, parfois installés au sommet de grandes tours pour améliorer leur champ de tir. La ville prend peu à peu l’apparence d’une forteresse avec filets anti-drones, coupures de réseau et fermetures temporaires d’aéroports. En dépit de ces mesures préventives, certains drones ennemis réussissent encore à atteindre la région. Preuve que l’arrière-pays devient, lui aussi, vulnérable aux attaques.
Comme les États-Unis ou d’autres armées occidentales, la Russie découvre qu’il devient extrêmement coûteux d’utiliser des missiles sophistiqués contre des drones bon marché produits en masse. L’Ukraine a déjà commencé à s’adapter en utilisant des drones intercepteurs moins chers pour abattre les appareils russes. Moscou tente désormais de suivre le même chemin, mais avec du retard.
Allegedly, an Air defense ring is being strengthened around Moscow, with systems being redeployed from other regions in Russia, they are more concerned about the parade than the entire country.
I’m not sure what’s more concerning for Putin, the drones, or the fact somebody has… pic.twitter.com/vwrA0dOU32
— Shaun Pinner (@ShaunPinnerUA) May 6, 2026