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Le procès pour agression sexuelle à Foix ravive le souvenir d’une nuit d’octobre 2018. Huit ans après les faits, la jeune plaignante livre un témoignage bouleversant face à un accusé qui nie toujours les faits.

Huit ans après les faits, l’ombre d’une nuit d’octobre 2018 plane encore sur la cour criminelle de l’Ariège. Vanessa*, alors jeune lycéenne bordelaise de 17 ans, vit une idylle avec Igor*, de 17 ans son aîné. Une relation courte, mais malheureusement entachée d’une agression sexuelle présumée. Aujourd’hui âgé de 42 ans, il comparaît devant la justice.

Dans la salle d’audience de Foix, la plaignante témoigne d’une voix hésitante, parfois tremblante. Si certaines réminiscences lui échappent, elle affirme garder une mémoire très précise de la nuit du 24 au 25 octobre 2018.

« Il avait un côté passif-agressif »

Face à elle, dans le box, le prévenu écoute, sans réaction. Alors qu’ils se sont rencontrés lors d’un stage à Foix, à l’été 2018, ils entament très vite une relation. Ils échangent sur Facebook et se rapprochent autour d’une passion commune pour l’art et la musique.

« Au début, je le trouvais très touche-à-tout », raconte-t-elle à la barre. Mais au fil du temps, la relation change progressivement. « Il fallait que je dise où j’allais, ce que je faisais. Il avait un côté passif-agressif. »

Le récit d’une nuit de bascule

En octobre 2018, Vanessa revient dans la cité comtale à l’occasion des vacances scolaires. Elle prévoit de partager son séjour entre le domicile d’une amie et celui de son compagnon.

Le soir, alors qu’ils passent la soirée chez une amie, elle affirme qu’Igor aurait pris « une trace de cocaïne » devant elle. De son côté, fatiguée après avoir bu « une ou deux bières », elle fait le choix de regagner le domicile pour se reposer. Une décision qui déplaira à son petit ami. « Il n’a pas compris, il était agacé parce que je voulais partir », confesse-t-elle.

Une fois au domicile d’Igor, l’atmosphère s’assombrit brutalement. « Je me suis couchée et il est venu me rejoindre. J’étais dos à lui et il a commencé à me caresser », explique-t-elle la voix chargée d’émotion. « J’ai dit que je voulais dormir ».

Selon son récit, il quitte alors la chambre, énervé, claque les portes, met la musique à fond avant de revenir une nouvelle fois à la charge. Il la secoue pour la réveiller. « Ça ne sert à rien de dormir avec moi si on ne peut pas faire l’amour », lui aurait-il lancé.

« Le matin j’ai fait comme si de rien n’était, je ne comprenais pas vraiment ce qui s’était passé »

La voix tremblante, Vanessa décrit ensuite des actes sexuels imposés malgré ses refus. Elle raconte avoir essayé de se débattre avant de rester paralysée par la peur.

« Je pleurais », souffle-t-elle. Après les actes, la jeune fille dit s’être rendue machinalement à la salle de bain pour y prendre une longue douche en état de choc, avant de revenir se coucher.

Le lendemain pourtant, elle retourne dormir une seconde nuit chez lui. Maître Chatry-Lafforgue, l’avocat de la défense, l’interroge longuement sur ce comportement paradoxal. « Le matin j’ai fait comme si de rien n’était, je ne comprenais pas vraiment ce qui s’était passé », répond-elle simplement. « Je voulais rompre. »

Ce n’est finalement que trois jours plus tard qu’elle trouve le courage de pousser la porte du commissariat de Foix. Au départ, explique-t-elle, elle voulait simplement déposer une main courante. « Je ne voulais pas avoir de problèmes. Je ne voulais en parler à personne. »

La libération de la parole et le poids des preuves

Mais des messages envoyés par Igor après cette nuit la font changer d’avis. Plusieurs SMS sont lus à l’audience. Dans l’un d’eux, le prévenu s’excuse, assurant s’être comporté comme « un animal à cause de l’alcool ». Dans un autre, il se veut plus menaçant : « Ce n’est pas pour rien que les Européens ont peur des Russes ».

Les examens médicaux réalisés quatre jours après les faits mettront également en évidence de légères lésions traumatiques récentes. Aujourd’hui encore, la victime dit vivre avec les conséquences de cette nuit.

Des conséquences qu’à la barre, sa mère décrira. Elle fait état d’une femme profondément marquée. « Aujourd’hui, elle ne supporte plus qu’on la touche. Je ne peux plus la toucher. Avant de lui faire un câlin, je dois lui demander l’autorisation. »

L’amie l’ayant accompagnée faire le dépôt de plainte raconte elle aussi avoir vu une personne meurtrie, traumatisée. « Quand elle m’a appelée, elle était en pleurs. Quand je l’ai vue, je l’ai tout de suite prise au sérieux. Elle n’allait pas bien. »

L’avocat des parties civiles, Maître Nakache, insiste longuement sur la cohérence du récit et sur le sentiment de remords exprimé par sa cliente. « De quoi culpabilisez-vous ? » « De ne pas avoir agi plus tôt. J’avais peur de ne pas être écoutée. Personne ne m’a crue depuis 8 ans. »

De son côté, l’avocat général l’interroge sur ce qui l’a poussée à déposer plainte. « Les messages, j’ai eu peur. J’ai juste honte et je culpabilise », souffle-t-elle. « Qu’attendez-vous de ce procès ? », poursuit-il. Dans le silence de la salle, elle répond : « Que l’on me croie. »

Igor doit désormais être entendu ce mardi 12 mai. En détention depuis le mois de janvier à la maison d’arrêt de Foix, il continue de nier l’agression, affirmant avoir cessé tout geste lorsqu’elle lui aurait demandé d’arrêter. Le verdict est attendu mardi.

*Les prénoms ont été modifiés