L’Institut du cancer de Montpellier a été sélectionné pour accueillir une technologie révolutionnaire pour traiter certains types de cancer pour l’heure incurables. Le directeur Marc Ychou prévoit la signature du contrat définitif avec une société américaine à l’automne sous réserve que le budget soit bouclé.
L’ICM franchit une nouvelle étape en matière de recherche contre le cancer. L’établissement a été sélectionné par l’entreprise américaine TAE pour expérimenter « une technologie révolutionnaire » selon les mots de son directeur Marc Ychou. « Nous avons été sélectionnés pour être un des trois premiers centres européens à disposer du BNCT. » Traduction : bore neutron capture thérapie. Cette innovation constitue un espoir de traitement pour les personnes atteintes de certaines tumeurs cérébrales et de la cavité ORL. « Des cancers en échec thérapeutiques qui n’ont pas de solution curative à l’heure actuelle », précise le directeur.
Présenté au ministre des Affaires étrangères il y a quelques semaines, ce projet baptisé « Amber » doit se concrétiser par la signature d’un contrat avec l’entreprise américaine en octobre prochain. D’ici là, le patron de l’ICM doit boucler le budget. « C’est en cours de discussion avec les collectivités, l’Etat, l’ICM bien sûr et le mécénat. »
Du bore extrait de la lave
Concrètement, comment ça marche ? « Le bore, minerai extrait de la roche de lave, est vectorisé avec un acide aminé qui se fixe dans certaines tumeurs. Le mélange est administré au patient sous perfusion. Deuxième étape, une demi-heure plus tard, une machine envoie un faisceau de neutron qui rend le bore localement radioactif, avec un rayonnement alpha, qui détruit les tumeurs sans détruire le reste. » Pour Marc Ychou, « cela représente un espoir très important pour les tumeurs qu’on ne peut pas guérir. » Précision de taille : une seule séance suffit.
Déjà testé en Asie
Déjà utilisé en Chine et au Japon, le BNCT a obtenu des résultats cliniques. « Les États-Unis ont été un peu lents à démarrer et investissent à présent 30 milliards de dollars pour équiper 15 centres. En Europe, un centre est déjà quitté à Pavie en Italie. »
Le plus de ce projet, déjà empli de promesses en termes clinique et de recherche, c’est la possibilité accordée par la société américaine de procéder au couplage du bore à l’acide aminé et peut-être demain à des anticorps à Montpellier pour le fournir aux centres européens équipés. Les perspectives sont immenses avec « la possibilité de faire de la recherche pour trouver de nouveaux bores et atteindre d’autres tumeurs ».
L’ambition : vers un Montpellier cancer cluster
Marc Ychou place la barre très haut. Il ambitionne de créer le Montpellier cancer cluster en réunissant en un seul et même lieu les patients, la recherche clinique et en laboratoire, la recherche de transfert et des entreprises. « Cela n’existe pas actuellement en France. » Le directeur de l’ICM sait aussi que sans l’écosystème montpelliérain, ce projet ne serait pas envisageable. Le CHU de Montpellier fournit une cohorte de patients atteints de tumeurs cérébrales. L’ICM est aussi en partenariat avec le centre hospitalier de Nîmes, l’Inserm, l’institut de recherche en cancérologie, le projet de CTIO… « C’est tout cet ensemble qui permet d’avoir une visibilité à l’échelle européenne. »