Depuis des mois, la Ville de Paris est prise dans la tourmente à cause de multiples révélations de violences commises dans le périscolaire, et des accusations de dissimulation, voire d’ « omerta ». Son nouveau maire, Emmanuel Grégoire, a promis dernièrement une « transparence totale envers les familles », tout en annonçant un grand plan d’action.

Des données obtenues par 20 Minutes, fournies par l’Education nationale au prix d’une longue bataille (voir notre premier article), confirment que dans la capitale, les écoles, collèges et lycées n’envoient que très peu de signalements à la justice, bien moins que dans les autres départements. En revanche, les alertes sont massivement envoyées aux services sociaux… que la ville gère.

1.245 « IP » et seulement 33 signalements à la justice

Les documents que vous dévoile 20 Minutes portent sur l’ensemble des « informations préoccupantes » (IP) (alertes envoyées aux services sociaux) et « signalements » (alertes envoyées directement à la justice, pour les faits les plus graves) effectués par les établissements scolaires, département par département, pour l’année scolaire 2023-2024 et l’année précédente.

Dans le détail, à Paris, 1.245 IP ont ainsi été envoyées aux services du département en 2023-2024, contre seulement… 33 au procureur. C’était peu ou prou la même chose l’année précédente : 985 IP ont été réalisées, contre 22 signalements.

Un « service social scolaire »

Avec 33 signalements, la ville paraît très éloignée de la pratique qui se fait dans les établissements scolaires des autres territoires, puisque dans chaque département ont été envoyés en moyenne 310 signalements. Alors même que Paris est le deuxième département le plus peuplé de France.

Mais c’est parce qu’il existe dans les écoles à Paris des assistantes sociales scolaires, qui dépendent de la mairie de Paris, et qui font tous les signalements dans le premier degré. « Les situations concernant les écoles maternelles et élémentaires sont en effet prises en charge par le service social scolaire de la Ville », nous confirme la mairie de Paris, qui nous apprend qu’en 2024, « 579 signalements au parquet pour des situations d’enfants en danger avaient pour origine l’Éducation nationale ou le service social scolaire parisien », un chiffre qui s’élève à 690 en 2025.

En d’autres termes, d’un côté la ville de Paris conserve la main sur l’envoi des signalements, de l’autre elle conserve la main sur la réception des IP, contrairement aux autres territoires. « Quand il y a deux circuits, et deux logiques, c’est illisible. Quand la chaîne n’est pas claire, la responsabilité se dilue. Et quand la responsabilité se dilue, les enfants passent après », commente le collectif MeToo Ecole.

Bon signe ou culture du silence ?

Plus généralement, les chiffres globaux des IP et signalements à Paris ne sont pas plus élevés par rapport à d’autres territoires, moins peuplés, qui concentrent beaucoup plus d’alertes. Difficile pour autant de dire si cela signifie que les élèves des établissements scolaires parisiens sont moins victimes relativement que les autres, ou qu’au contraire, une « culture du signalement », que les associations appellent de leur voeu, y fait défaut.

Carte des violences sur élèves et alertes relatives aux enfants déclarés par les établissements scolaires publics.Carte des violences sur élèves et alertes relatives aux enfants déclarés par les établissements scolaires publics. - Education nationale/Insee/SC pour 20 Minutes

On apprend aussi que sur les 1.245 alertes envoyées par les établissements scolaires parisiens aux services sociaux en 2023-2024, 190 relèvent de violences commises au sein de l’institution. L’immense majorité concerne des violences intrafamiliales (834), quand d’autres départements, comme le Loiret ou la Saône-et-Loire, ont plus de la moitié de leurs IP qui concernent des violences commises en institution.

« 190 cas dans l’école, ce n’est pas marginal, c’est politique. Quand la violence est là où l’enfant devrait être protégé, l’exigence doit être totale. », estime MeToo Ecole.

« Ces derniers mois nous ont conduits à approfondir encore notre culture du signalement, qui structure de longue date notre action. La rectrice a rappelé et consolidé la doctrine académique : tout fait susceptible de revêtir une qualification pénale est signalé directement à la procureure de Paris, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, pleinement intégré à notre protocole », expliquent de leur côté le ministère de l’Education nationale et le rectorat de Paris, qui ajoutent qu’un « plan de formation à la sécurité physique et affective des élèves a été déployé à l’attention de tous les directeurs d’école de l’académie » et qu’un « guide académique » comportant « une aide à la rédaction et à la transmission des signalements » est en cours de parution.

De son côté, la ville de Paris « réaffirme son engagement total en matière de protection de l’enfance, en s’appuyant sur des procédures exigeantes, une coordination étroite avec les autorités judiciaires et une attention constante portée à chaque situation ».