Le courrier date du 29 avril 2026. Dans cette lettre signée de la juge d’application des peines du tribunal de Caen, Karine Jambu a appris que l’homme qui l’avait violée pendant plusieurs années alors qu’elle avait à peine 5 ans allait bientôt sortir de prison. Ce mardi 12 mai, Roland Blaudy quittera la prison de Caen où il était incarcéré. Huit ans seulement après sa condamnation à trente années de réclusion, ce pédocriminel récidiviste va être libéré, au bénéfice du système de confusion de peines. Déjà condamné en 2007 à dix-huit ans de réclusion pour des viols sur sa fille, il a vu cette peine être « absorbée » dans la plus récente. Après vingt ans de détention, il était donc en droit de demander sa libération conditionnelle.

Dur à encaisser pour sa quinzaine de victimes. Encore plus pour Karine, qui a appris que Roland Blaudy serait logé à Rennes, dans la même ville qu’elle. « Ça me dégoûte. Je ne comprends pas comment c’est possible », nous avait-elle confié après la réception du courrier. « Il a bousillé une partie de ma vie et on le libère. Je fais quoi moi ? J’arrête de sortir ? Comment je vais réagir si je dois le croiser ? », s’inquiétait-elle.

Après la parution de l’article sur notre site, les questions ont déferlé sur le bureau du procureur de la République de Caen. Dans un courrier, Joël Garrigue a tenté d’expliquer ce que personne ne comprend vraiment. Reconnaissant « un légitime questionnement », le procureur rappelle que Roland Blaudy a bénéficié depuis son incarcération en 2005 « des réductions de peine prévues par le code de procédure pénale correspondant au total à neuf années ». Une libération « inévitable », selon le procureur.

Une situation d’errance impossible

Mais comment expliquer qu’il soit autorisé à revenir à Rennes ? Parce qu’il s’agissait de la « seule adresse » à laquelle il pouvait résider. « A défaut d’assignation à résidence à cette adresse, il se trouverait en situation d’errance incompatible avec toute mesure de contrôle, de suivi et de prévention de la récidive », détaille Joël Garrigue.

L'histoire de Karine Jambu et de sa tante Laurence a inspiré le réalisateur Eric Métayer pour le film "Signalements", retraçant les errements de la protection de l'enfance face aux viols et violences subis par celle qui n'était qu'une enfant. L’histoire de Karine Jambu et de sa tante Laurence a inspiré le réalisateur Eric Métayer pour le film « Signalements », retraçant les errements de la protection de l’enfance face aux viols et violences subis par celle qui n’était qu’une enfant.  - C. Allain/20 Minutes

Pour accompagner cette sortie, des mesures de suivi et de contrôle ont été ordonnées et seront appliquées dès la sortie de prison. Le pédocriminel récidiviste se voit imposer un suivi sociojudiciaire pendant quinze ans. Il a interdiction d’entrer en contact avec ses victimes, mais aussi de paraître dans des lieux habituellement fréquentés par les mineurs ou d’entretenir un « contact habituel » avec eux.

La justice promet « une surveillance poussée »

Toute violation d’une de ces obligations « entraînerait pour lui une nouvelle incarcération pour une durée de sept ans », prévient le procureur de Caen. Pour s’assurer du respect de ce suivi, le pédocriminel devra porter pendant deux ans un bracelet de surveillance électronique mobile. « Tous les dispositifs juridiquement mobilisables pour assurer une prévention effective de la récidive et une surveillance poussée de ce condamné ont été mis en œuvre », assure le parquet de Caen. Insuffisant pour convaincre les victimes, marquées à vie par cet homme, aujourd’hui âgé de 74 ans.

Notre dossier sur la pédocriminalité

A plusieurs reprises, Karine Jambu et sa tante ont obtenu la condamnation de l’État français pour déni de justice et faute lourde, la justice reconnaissant les manquements dans le suivi de l’enfant, élevée par une mère déjà condamnée pour un infanticide. Un livre, puis un téléfilm intitulé Signalements ont déjà mis la lumière sur les innombrables erreurs commises dans ce dossier sans fin.

Une pétition a été lancée pour demander un changement de loi sur la confusion de peines. Ce mardi, les députés se penchent d’ailleurs sur un projet de loi visant à prévenir les victimes de la libération de leur agresseur.