Berlin et Kyiv lancent le programme « Brave Germany », un partenariat destiné à développer conjointement des technologies de défense, des systèmes de frappe longue portée et des drones assistés par intelligence artificielle. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, et son homologue ukrainien Mykhailo Fedorov ont signé lundi 11 mai depuis Kiev cet accord.
LIRE AUSSI : Allemagne : pourquoi le réarmement ne profite pour l’heure qu’à l’industrie
Ce partenariat militaire et industriel, qui vise à accélérer la production de nouveaux systèmes d’armes passera aussi par un soutien commun aux startups innovantes dans le secteur de la défense. Le ministre allemand, qui s’est rendu sans annonce préalable à Kiev le 11 mai, a expliqué auprès de l’agence de presse allemande (DPA) que l’Allemagne et l’Ukraine sont d’ores et déjà « des partenaires stratégiques qui profitent tous deux de cette coopération. Il en résulte de nombreux nouveaux projets ». Avant de donner davantage de détails sur le nouveau programme « Brave Germany ». « L’accent est mis sur le développement commun des systèmes sans pilote les plus modernes à toutes les portées, notamment dans le domaine du deep strike » a-t-il affirmé auprès de la DPA.
Drones assistés par IA
Le ministre ukrainien de la Défense a affirmé que l’Allemagne était devenue « le numéro un mondial » du soutien sécuritaire à l’Ukraine, rapporte le portail d’information ukrainien Ukrinform. Après sa visite à Berlin le mois dernier, ce dernier avait déjà annoncé sur Telegram que l’Allemagne et l’Ukraine avaient convenu d’un nouveau paquet de défense d’une valeur de quatre milliards d’euros.
LIRE AUSSI : Enfants ukrainiens enlevés par la Russie : l’UE décrète de nouvelles sanctions
Selon le site d’information européen Euronews, ce paquet comprend le financement de plusieurs centaines de missiles Patriot ainsi que de 36 lanceurs IRIS-T pour renforcer la défense aérienne. Mais aussi une production commune de drones dits de « Mid Strike » assistés par IA, c’est-à-dire des drones avec des capacités de frappe à moyenne portée. 5 000 d’entre eux sont prévus pour les forces armées ukrainiennes. Selon le ministre ukrainien Mykhailo Fedorov, ces capacités devraient déjà permettre dans un futur proche de perturber la logistique russe, et de faire office de « sanctions à longue portée » contre le Kremlin.
Priorité : produire des missiles longue portée
Reste une lacune que ce nouveau partenariat devrait s’atteler à combler en priorité : celle des armes dites de « deep strike », dont même Berlin manque encore. Actuellement, l’armée allemande ne possède qu’une seule arme de longue portée, qui demeure dans la partie inférieure en termes de capacités : le missile de croisière Taurus, doté d’une portée de plus de 500 kilomètres. L’avenir du déploiement de missiles longue portée américains Tomahawk reste quant à lui incertain, depuis les annonces de réduction de la présence militaire américaine en Europe par Donald Trump.
LIRE AUSSI : « L’ennemi va le sentir » : les armes à longue portée de l’Ukraine, nouveau cauchemar des Russes
De son côté, Kiev déploie déjà toute son énergie dans le développement de ces missiles longue portée. En janvier dernier déjà, l’Ukraine signait un partenariat avec Londres nommé « projet Nightfall« , censé accélérer la production de missiles balistiques capables de frapper à 500 km à l’intérieur du territoire russe. Kiev a aussi récemment dévoilé son propre missile longue portée, le FP-5 « Flamingo », capable de frapper des cibles à plus de 1 300 kilomètres. Il aurait déjà été utilisé à plusieurs reprises, comme en février dernier lorsque l’Ukraine a visé la ville industrielle de Votkinsk, où des missiles russes Iskander seraient produits, ou encore dans la nuit du 4 au 5 mai dernier contre une usine de production de missiles et drones Shahed à 700 km de Moscou.
D’une envergure de 6 mètres pour 6 000 kilos, ce premier système de missiles lourds de fabrication ukrainienne pourrait, s’il était développé à échelle industrielle avec l’aide de l’Allemagne, participer à l’expansion considérable de la puissance de frappe de l’Ukraine, déjà en plein développement. Et profiter par la même occasion à Berlin et à l’Europe.