L’Allemagne est depuis longtemps une destination prisée par les étudiants indiens, même si les pays anglo-saxons lui étaient jusqu’à aujourd’hui préférés. Mais, en quelques années, le nombre d’Indiens sur les campus allemands a explosé, au point qu’il a dépassé le nombre de Chinois, alors que le nombre total d’étudiants étrangers en Allemagne a quasiment doublé en dix ans. Le phénomène est tel que les témoignages abondent dans la presse allemande comme indienne. Die Zeit, en particulier, lui a consacré plusieurs articles et s’est notamment inquiété des arnaques dont les jeunes Indiens étaient parfois victimes, de la part d’agents de recrutement peu scrupuleux ou d’établissements privés, les laissant financièrement exsangues et forçant certains à cumuler les petits boulots.
Le quotidien s’est de nouveau penché sur ce phénomène tant migratoire qu’éducatif avec Joybrato Mukherjee, le directeur de l’Office allemand d’échanges universitaires (Deutscher Akademischer Austauschdienst, Daad), lui-même Allemand né de parents indiens immigrés dans les années 1960. Il explique que l’Allemagne bénéficie des restrictions sur l’immigration étudiante mises en place au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Mais il insiste également sur la politique de recrutement agressive menée par les autorités allemandes. Le Daad a d’ailleurs plusieurs bureaux en Inde.
Ce flux migratoire s’explique par une double pression démographique : d’un côté, l’Inde produit chaque année 20 millions de nouveaux bacheliers, rendant la concurrence féroce ; d’un autre côté, l’Allemagne subit un déclin démographique et une pénurie de main-d’œuvre. L’arrivée massive d’étudiants indiens constitue donc une aubaine pour les deux pays. Joybrato Mukherjee tient d’ailleurs à souligner que, “dix ans après le début de leurs études, 46 % d’entre eux résident encore [en Allemagne]. Autre chiffre remarquable de l’Institut économique allemand : les salariés d’origine indienne bénéficient du revenu médian le plus élevé, à près de 5 400 euros par mois ; en moyenne, ils gagnent nettement plus que les Allemands. Cela engendre également un bénéfice économique de 1 milliard d’euros, car chaque promotion d’étudiants internationaux contribue au budget national à hauteur de huit fois le montant investi par l’État allemand, sous forme d’impôts et de cotisations sociales.” Autrement dit, l’immigration étudiante constitue aussi une chance économique.