l’essentiel
En 2018, la commune d’Epuyén, en Argentine, a été le théâtre d’une flambée exceptionnelle d’hantavirus des Andes. L’analyse de cet épisode donne des clés pour stopper la propagation de ce virus au taux de mortalité redoutable.
L’enquête démarre au bout du monde. Pour comprendre l’origine de la contamination d’une dizaine de passagers du navire MV Hondius, les scientifiques reconstituent le parcours du « patient zéro » en Patagonie. Ils espèrent que l’expérience de 2018 dans le village d’Epuyén, en Argentine, relatée par le Figaro, permettra d’endiguer la propagation de l’hantavirus.
Le spectre de la super-contagion
« Tout est parti d’une fête d’anniversaire rassemblant une centaine d’invités à laquelle a assisté le patient zéro alors qu’il avait des symptômes », rapporte l’étude du New England Journal of Medicine en 2020. En seulement 90 minutes, l’homme contamine cinq personnes.
Le virus s’est ensuite propagé par vagues successives, notamment lors d’un enterrement où une femme fébrile a infecté dix convives. Ce phénomène de « super-propagation » montre que le virus des Andes ne se transmet pas uniquement par les rongeurs, mais peut circuler activement entre individus, probablement par « l’inhalation de gouttelettes ou de virions en suspension dans l’air ».
Une menace foudroyante pour l’organisme
Le bilan médical de cet épisode est lourd. Avec 34 infections et 11 décès, le « taux de mortalité observé est de 32 % ». La maladie se développe en deux temps : une phase de fièvre et de courbatures, suivie d’une « apparition rapide d’une détresse respiratoire aiguë ».
Le danger est d’autant plus grand que la contagiosité est immédiate. Dans plus de la moitié des cas, la transmission a eu lieu dès le premier jour de fièvre. Les chercheurs notent toutefois une note d’espoir : aucun soignant n’a été contaminé en milieu hospitalier, suggérant que le virus, bien que dangereux, reste gérable avec des précautions ciblées.
L’efficacité prouvée de l’isolement
Face à l’urgence, la riposte sanitaire a porté ses fruits. Les autorités ont imposé des mesures strictes d’isolement et de quarantaine pour les contacts à risque. Le résultat est sans appel : le nombre de personnes infectées par un seul malade est passé de 2,12 à 0,96 après l’application de ces contrôles.
Plutôt que des restrictions de voyage massives, les experts préconisent désormais de « privilégier le traçage ciblé des contacts, la surveillance et l’isolement ». Ces mesures permettent de briser les chaînes de transmission sans paralyser la région, offrant un modèle de gestion pour les 86 cas déjà recensés en Argentine en 2025.