Il n’est pas tombé de sa chaise en apprenant la nouvelle ce mardi matin, sur les coups de 10 heures. Réuni en visio avec ses coéquipiers, Thomas Champion a été informé de l’arrêt à l’issue de la saison de l’équipe pro masculine de St-Michel-Preference Home-Auber 93, avec laquelle il évolue depuis l’an dernier. Pour DirectVelo, le grimpeur de 26 ans, classé 9e de la Classic Grand Besançon Doubs en avril dernier, est revenu sur la décision de ses dirigeants.
DirectVelo : As-tu été surpris d’apprendre l’arrêt de l’équipe ?
Thomas Champion : On l’a appris un quart d’heure avant la sortie du communiqué. On a reçu un mail il y a quelques jours sans motif particulier pour annoncer une visio ce mardi matin. On en plaisantait un peu dans le bus le week-end passé en Bretagne, parce qu’on savait que la volonté de l’équipe n’était pas forcément favorable pour les hommes. Mais à cette période-là de l’année, ça pouvait être aussi un simple bilan de début de saison, comme ça n’a pas non plus été phénoménal sur le plan des résultats. Personnellement, je m’y attendais contrairement à d’autres coureurs de l’équipe qui pensaient plus à d’autres sujets abordés pendant cette visio. Je le sentais plutôt venir.
« ME POUSSER À TROUVER MIEUX »
Comment le vis-tu ?
Ce n’est pas agréable pour le cyclisme français. Ça fait deux ans que c’est l’hécatombe. Le niveau Continental est plus menacé que le reste. Pour moi, quand t’es en Conti, c’est soit tu es bien où tu es et tu comptes y rester, soit tu as des ambitions un peu plus hautes et tu fais tout pour t’en sortir. Moi, j’étais plus dans cette catégorie-là. J’avais envie de rebondir ou d’arrêter si je n’arrivais pas à mes fins.
Tu ne serais pas forcément resté pour une troisième saison l’an prochain ?
Franchement, je ne peux pas dire ça non plus. Mais dans ma tête, ce n’était pas le rêve ultime de rester à St-Michel. Je pense que d’un côté, ça va me pousser à trouver mieux ou alors à changer de projet professionnel. Ce qui fait le plus chier, c’est pour les mecs bien plus jeunes. On a une équipe qui pèse et qui pesait sur le circuit français. C’est une équipe ancestrale.
« JE PEUX COMPRENDRE LA DÉCISION »
Les dirigeants veulent se recentrer sur l’équipe féminine. Arrives-tu à le
comprendre ?
Je peux le comprendre dans le sens où les femmes à l’heure actuelle ont plus de visibilité qu’une Continentale voire qu’une ProTeam qui ne fait pas le Tour de France. Ça peut s’entendre, surtout qu’il y a besoin d’un budget Conti masculine pour faire une WorldTeam féminine. A l’heure actuelle, je pense que les femmes ont pris un envol. C’est monté très très vite, mais ce n’est pas sûr que ça perdure non plus dans le temps. Le niveau reste hétérogène à l’inverse du cyclisme masculin. Je ne pense pas qu’il y ait d’énormes différences entre un très bon coureur Conti et un coureur lambda du WorldTour. On est dans le même panier sur les courses qu’on peut faire ensemble. On arrive à batailler. Ça se joue à quelques secondes, excepté bien sûr avec les champions. Encore une fois, je peux comprendre la décision mais pour moi, avant d’annoncer l’arrêt, il n’y a pas eu d’effort pour que l’équipe masculine continue avec un partenaire supplémentaire.
C’est-à-dire ?
La volonté première pour Stéphan Gaudry était d’avoir une équipe femme. On a vu clairement que les budgets étaient répartis inéquitablement en faveur des femmes. Ça s’est senti dès le début. Là-dessus, je ne suis donc pas hyper surpris. Il y a des sponsors étrangers qui sont arrivés pour les féminines. Ils sont plus intéressés par les femmes pour la visibilité du Tour. Je ne sais pas si les partenaires français qu’on a sur le maillot étaient plus intéressés par les femmes que par les hommes. Je n’en suis pas persuadé. En tout cas, je ne sais pas si leur budget va grandir grâce aux partenaires internationaux mais ils ont fait ce choix. C’est comme ça.
« ON DOIT ÊTRE ENCORE PLUS SOUDÉ »
Il vous reste une saison à finir avec dès ce week-end le Tour du Finistère et les Boucles de l’Aulne à Châteaulin…
Ça ne va pas me changer la vie. Il faut rester concentré. Il ne faut pas que ça soit un poids mais plutôt un moyen d’encore moins nous reposer sur nos lauriers. Il faut se dire qu’on est en Conti pour aller plus haut, pour progresser et se faire voir. Il faut que l’équipe reste soudée et qu’on ait chacun notre carte sur les courses qui conviennent le mieux à nos profils respectifs. Chacun doit avoir la possibilité de se faire voir et de se mettre en lumière vis-à-vis des autres équipes. On a cette annonce en plein milieu d’un gros bloc de courses. Il y en a qui n’étaient pas spécialement satisfaits de ça. Mais perso, je préfère que ce soit dit le plus tôt possible. Les autres équipes sont ainsi au courant de la situation. Je pense qu’un petit résultat de temps à autre d’un gars de St-Michel va être un peu plus remarqué qu’à l’habitude parce qu’ils savent que des profils intéressants peuvent se libérer de chez nous.
Est-ce que vous allez réussir à garder une cohésion de groupe alors que vous allez tous chercher un contrat ?
On se laissait déjà nos chances entre nous. C’est aussi ça la Conti. Ça donne la chance à des jeunes qui ont envie d’évoluer. Il faut être aussi conscient de ses capacités. Je ne vais pas gagner un massif et Jérémy Lecroq ne va pas s’imposer au sommet de Luz Ardiden. On se renvoyait déjà l’ascenseur. On a différents profils dans l’équipe, et chacun avait déjà plus ou moins sa chance. On doit être encore plus soudé pour ne pas qu’il y ait dix retraites à la fin de l’année. Il faut qu’on arrive à sauver la moitié de l’effectif. Ça serait un bon score si 50 % de l’effectif retrouvait une équipe. On n’est qu’au mois de mai. Il reste des belles choses à faire. Il faut continuer à s’entraîner et ne surtout pas baisser les bras. On aime tout ce qu’on fait. Il faut qu’on arrive à s’en sortir et on va y arriver.