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La réadaptation cardiaque transforme la convalescence des patients du Lot après un infarctus. À Montfaucon, un nouveau suivi ambulatoire sur mesure aide les victimes de problèmes cardiaques, à retrouver souffle et confiance, avec 26 % de mortalité en moins. Une maman nous raconte son expérience.

« C’est après qu’on se rend compte qu’on est passé à côté de la mort. » À 48 ans, cette Lotoise, mère de quatre enfants, a encore du mal à réaliser qu’elle a évité le pire, à la suite d’une crise cardiaque qui aurait pu lui être fatale. Assise à côté d’elle, Lydie Lymer, médecin en réadaptation cardiaque au centre La Roseraie à Montfaucon, la soutient du regard avec bienveillance. Car Marie*, sa patiente, revient de loin en effet.

« Entre ma vie de famille, quinze heures de travail par jour, du stress, une alimentation qui n’était pas top, et bien sûr pas de sport et quelques cigarettes, je n’ai pas réalisé que je me négligeais. Et puis, j’étais tellement conditionnée à m’investir dans le travail, à être là pour mon équipe, pour ma famille même si j’ai un mari exceptionnel, que quand les premiers signes d’alerte sont apparus, je n’ai rien vu », résume Marie.

Comme chez la plupart des femmes concernées par de premiers symptômes d’infarctus, elle s’est dit que ce n’était rien, que ça allait passer, jusqu’à ce jour où tout bascule. Grâce à la réactivité de son conjoint, des pompiers et du Samu, Marie sera évacuée à temps vers la clinique de Pont-de-Chaume à Montauban (Tarn-et-Garonne) où elle sera prise en charge au bloc opératoire. Là encore, la patiente à qui les médecins viennent de poser un stent ne prend pas la mesure de la gravité de son état, « une forme de déni », admet-elle avec le recul. « Trois jours plus tard, de retour à la maison, tout reprend comme avant, j’avais juste arrêté de fumer », relate la Lotoise.

Les médecins Lydie Lymer, Antoine Pierantoni coordonnent le service avec leur collègue le docteur Eric Le Moal.

Les médecins Lydie Lymer, Antoine Pierantoni coordonnent le service avec leur collègue le docteur Eric Le Moal.
DDM Laetitia Bertoni

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Une hospitalisation de jour pour s’adapter aux contraintes familiales des malades

Dans le protocole médical qui suit une telle intervention figure une prise en charge en rééducation cardiaque. Un dispositif qui va tout faire basculer dans la tête de Marie. Après les quinze jours de repos total, le centre de La Roseraie à Montfaucon (Lot) la contacte pour un accompagnement. « On m’en avait parlé à la clinique où j’ai été opérée, donc j’étais prête et volontaire. »

Aux premiers exercices, la mère de famille détecte tout de suite le manque de souffle ; un état de fatigue qu’elle a hélas expérimenté dans son quotidien, comme lorsqu’elle fait la vaisselle par exemple. « Jusqu’à présent, la réadaptation cardiaque proposée aux patients dans notre service reposait sur une hospitalisation complète H24 et sept jours sur sept. Mais on a été confrontés à beaucoup de demandes et à des personnes qui sortaient de l’hôpital de plus en plus vite, parfois six à sept jours après un triple ou quadruple pontage, avec une chirurgie lourde », signale la docteure Lydie Lymer. Pour mieux prendre en charge l’afflux des patients, mais également pour s’adapter aux contraintes personnelles et familiales de chacun, le dispositif en ambulatoire a donc été mis en place il y a quelques semaines. Il va tout changer pour Marie et ses proches.

Réapprendre son corps, retrouver son autonomie et être rassuré sont les perspectives que vise l’équipe médicale de Montfaucon où l’on sait que la rééducation cardiaque est indispensable, avec 26 % de mortalité cardio-vasculaire en moins et 15 à 20 % de réhospitalisations évitées. « Un véritable enjeu de santé puisque le pronostic de vie devient plus favorable », défend la docteure Lymer qui refuse que certains malades, majoritairement des femmes, renoncent aux soins. D’ailleurs, pour Marc Majorel, représentant VYV Mutuelle : « L’enjeu est de mettre en œuvre tout ce qui peut aider les femmes à ne jamais négliger la prévention et la santé ».

Un programme d'activités physique adaptées est proposé aux patients de la Roseraie.

Un programme d’activités physique adaptées est proposé aux patients de la Roseraie.
DDM Laetitia Bertoni

« Faire un infarctus, c’est sidérant, parce qu’il s’agit d’un événement choquant », constate la médecin

Pour Marie, dynamique et active, il était hors de question de passer ses jours et ses nuits à Montfaucon, avec un mari et quatre enfants l’attendant à la maison. Ce sera donc un planning de vingt demi-journées sur cinq semaines qui lui seront proposées en ambulatoire. Au programme : des activités physiques adaptées, le suivi d’un kiné, d’une diététicienne, la mise en place d’une éducation thérapeutique ou encore l’intervention d’un psychologue, etc. « Faire un infarctus, c’est sidérant, parce qu’il s’agit d’un événement choquant, souvent les patients n’arrivent plus à se projeter dans un projet de vie, n’osent plus sortir de chez eux et sont hyperattentifs au moindre essoufflement. Il faut donc une prise en charge complète pour les aider », insiste la médecin.

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« J’avais une carrière, j’étais surinvestie et passionnée, avec ce sentiment de culpabilité de laisser mes collaborateurs seuls. Je faisais partie de ces femmes qui pensent ne pas avoir le droit d’être malade ou en arrêt de travail, je ne connaissais pas le lâcher-prise. Mon mari a eu très peur pour moi, désormais on se motive tous les deux à mieux se nourrir et à faire de l’activité physique », avoue Marie qui a pour défi ces prochains jours de réaliser les 5 km de la grande marche en pleine forme

Renseignement et information : https://www.ch-la-roseraie.fr/

 

Comment fonctionne le service de rééducation cardiaque et quel est ce nouveau projet médical

Au centre de rééducation La Roseraie à Montfaucon, en réadaptation cardiaque, les patients sont de plus en plus jeunes. La moyenne d’âge se situe autour de 62 ans, même si certains ont une quarantaine d’années seulement.

Seuls les services de cardiologie peuvent adresser un patient au service de rééducation, a minima 15 jours après l’intervention. Pour bénéficier du programme de prise en charge en ambulatoire, une consultation de préadmission est calée. En général, le patient intègre la rééducation 27 jours après la réception de la demande adressée par le service de cardiologie.

À ce jour, Montfaucon gère 9 000 nuitées en hospitalisation complète. Quant à l’hospitalisation de jour, mise en place en février, elle est déjà prise d’assaut, avec une moyenne de huit patients par semaine.

Au sein de l’unité de réadaptation cardiaque,un projet de télésuivi post-rééducation se dessine. « Après un séjour ici, l’organisation de la transition de vie doit se mettre en œuvre et nous voulons être là pour les accompagner au cas par cas, en fixant avec eux des objectifs et un suivi durant six semaines à distance », intervient le docteur Antoine Pierantoni. Une offre dont Marie aurait aimé bénéficier, car cette maman lotoise encore fragilisée va devoir bénéficier d’une semaine de rééducation cardiaque supplémentaire en ambulatoire pour consolider ses progrès et se reconstruire définitivement.