Tel le scotch du capitaine Haddock, le scandale de corruption ne lâche pas la présidence ukrainienne. Le «Mindichgate», du nom de Timour Mindich, un ancien proche de Volodymyr Zelensky qui est soupçonné d’être au cœur de la machination, a connu de nouveaux développements en ce début de semaine. Et pas des moindres.

L’ancien bras droit du président, Andryi Yermak, a été mis en examen lundi soir pour blanchiment d’argent. Le «cardinal» avait dû quitter ses fonctions de chef de l’administration présidentielle en novembre, quand sont apparus les premiers soupçons de son implication dans cette affaire. Perquisitionné lundi soir, il a indiqué qu’il s’exprimerait une fois les investigations terminées – son avocat a dénoncé le lendemain des accusations «sans fondement».

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Les services enquêteurs ne sont pas du même avis. Lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue du service d’enquête, le chef du parquet spécialisé (Sapo), Oleksandr Klymenko, a annoncé qu’il demandait le placement en détention provisoire d’Andryi Yermak ou le versement d’une caution de 180 millions de hryvnias (3,2 millions de francs) de sa part. L’ex numéro 2 de la présidence a ensuite comparu devant la haute cour anticorruption, qui a trois jours pour délibérer.

Quatre villas cossues à Kozyn

Six autres personnes ont été inculpées, dont l’ancien vice-premier ministre Oleksiy Chernyshov et le business man Timur Mindich, en fuite à l’étranger depuis l’automne dernier. Volodymyr Zelensky, quant à lui, n’est pas apparu dans l’enquête préliminaire, a détaillé Semen Kryvonos, le chef du Bureau anticorruption. Lundi soir, l’entourage du président temporisait, estimant qu’il était «trop tôt pour se prononcer» tant que la procédure était en cours.

Les organes anticorruption ont diffusé une vidéo présentant les principaux résultats de l’enquête. Face caméra et sur fond noir, un enquêteur raconte par le menu ce qui apparaît comme un nouveau chapitre d’une affaire tentaculaire: la construction à partir de 2021 d’un complexe de quatre villas luxueuses de 1000 m2 chacune, dans la commune cossue de Kozyn, au sud de Kiev, au profit de hauts responsables politiques.

Un lien avec la compagnie Energoatom

Ce projet immobilier, baptisé «dynastie», a permis de blanchir plus de 460 millions de hryvnias (8,2 millions de francs), selon les investigations, rendues particulièrement difficiles par l’entrelacs complexe de sociétés utilisées et la prudence des suspects, qui n’échangeaient que de façon codée ou allusive à ce sujet. Les enquêteurs soupçonnent qu’une partie des fonds viennent de détournements autour d’Energoatom, la compagnie nationale d’énergie nucléaire. Des sous-traitants de ce géant du nucléaire civil s’étaient vu réclamer le paiement de commissions pour obtenir des contrats.

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Lorsque le scandale a éclaté au grand jour, à l’automne, il a provoqué une vague de démissions au sein du gouvernement. Une partie de ces suspects apparaissent dans le projet Dynastie. L’affaire illustre la persistance d’une corruption n’épargnant pas le plus au niveau de l’Etat, un fléau qui mine la confiance de la population à l’égard de ses dirigeants et nourrit la méfiance des partenaires de l’Ukraine, notamment européens, qui ne sont pas encouragés à accéder à la demande insistante de Volodymyr Zelensky d’accélérer la procédure d’adhésion à l’UE.

La preuve que la lutte anticorruption porte ses fruits

Dans le même temps, ce scandale prouve que les réformes ne sont pas vaines. L’Ukraine a fait du chemin depuis 2014 – la création de ces organes anticorruption étant l’un des acquis de la révolution de Maïdan – et elle est aujourd’hui capable de lutter contre cette criminalité en col blanc: «Les institutions fonctionnent de manière indépendante et professionnelle, elles exercent leurs pouvoirs pour défendre la démocratie et elles renforcent la résilience interne de l’Etat afin de l’aider à l’emporter dans cette guerre d’usure», souligne sur les réseaux sociaux Olena Halushka, du Centre d’Action contre la corruption.

Don’t mix that up.

Mendel bashing Ukraine w/ Carlson aims to give the Trump admin and russians leverage to pressure Ukraine to capitulate.

Ukraine’s anti-corruption bodies charging Yermak is an example of institutions functioning independently and professionally.

As simple as that. Don’t mix up.

Olena Halushka (@halushka.bsky.social) 2026-05-12T07:16:58.673Z

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Ce scandale, de loin le plus grave depuis le début de l’invasion, fragilise le pouvoir, alors qu’il a obtenu plusieurs succès, avec des résultats concrets sur le terrain. Débloqué après la défaite électorale d’Orban en Hongrie, le prêt de 90 milliards d’euros de l’UE a donné de l’air à l’Etat, qui échappe à la catastrophe financière. La dépendance vis-à-vis de l’étranger pour l’approvisionnement en armes s’est fortement réduite, exception faite des systèmes contre les missiles balistiques. Les drones à longue portée conçus par l’Ukraine portent des coups durs à l’industrie pétrolière russe, limitant ainsi les profits tirés par Moscou de la crise énergétique née de la guerre en Iran.

Les Russes freinent sur le front

Sur le front, l’armée ukrainienne a pratiquement arrêté les progressions russes depuis le début de l’année. Moscou n’a pas pu mener d’offensives majeures en 2026, gêné par la coupure du réseau Starlink et une difficulté croissante à mobiliser de nouveaux soldats.

Kiev estime que les nouvelles recrues ne couvrent plus les pertes sur le front et se fixe comme objectif d’atteindre 50 000 ennemis mis hors de combat par mois d’ici à la fin de l’année (contre environ 35 000 aujourd’hui), dans le but de rendre le coût de la guerre insupportable pour la Russie.

La «dynamique de la guerre change» en faveur de l’Ukraine, a déclaré lundi la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas. «L’Ukraine se trouve dans une bien meilleure position qu’il y a un an», a-t-elle insisté. Mais il reste au pays agressé par la Russie bien des batailles à mener, sur le front comme à l’arrière.