Par
Frédéric Patard
Publié le
12 mai 2026 à 18h30
Nous sommes le 25 mai 1946, et dans son édition du jour, Ouest-France relate avec enthousiasme l’escale de la veille, celle du paquebot Île-de-France.
« Lorsque le transbordeur Ingénieur Minard toucha le quai de France, l’animation était telle qu’on se serait cru revenu aux plus beaux jours du trafic transatlantique ».
Une belle carte à jouer
Celui-ci vient de déposer à Cherbourg 330 passagers avant de rallier Southampton où 500 autres voyageurs doivent descendre.
L’Île-de-France est le premier transatlantique à toucher Cherbourg depuis que le Queen Mary avait filé à l’anglaise juste avant la déclaration de guerre de septembre 1939. Dévolu depuis la Libération à l’accueil exclusif des liberty-ships apportant en Europe, troupes, matériel, vivres, le port renoue enfin avec sa tradition et peut de nouveau rêver à un nouvel âge d’or transatlantique.
Car en 1946, Cherbourg est un des rares ports français – voire le seul – capable d’accueillir des grands bateaux : au même moment, Brest ou Le Havre sont encore en ruines, et Cherbourg a là une belle carte à jouer. D’autant que l’arsenal, lui aussi rapidement remis en état, tient ses moyens à disposition : l‘Île-de-France y passera d’ailleurs deux semaines pour réparer une avarie de turbine.

Affiche de la Compagnie Générale Transatlantique. ©Collection privée.GI’s dans un sens, voyageurs dans l’autre
Pour l’âge d’or, il va cependant falloir être encore un peu patient. Car si l’Île-de-France a été en son temps un des plus beaux paquebots de la Transat, il a été réquisitionné pendant la guerre comme transport de troupes, et il est encore utilisé comme tel en 1946, transportant à chaque traversée entre l’Europe et les États-Unis, des milliers de G.I.’s rentrant au pays après leur démobilisation. Une fois arrivés à New York, le personnel de bord s’active pendant deux jours pour rendre au bateau son aspect civil et pouvoir embarquer des passagers. Une mutation expresse réussie si on en croit ces derniers :
« Les tables étaient fleuries, le bar et le fumoir offraient un cadre reposant et sympathique. C’était déjà l’atmosphère de la French Line que l’on a voulu recréer ».

Au fumoir, métamorphosé après chaque traversée. ©Archives La Presse de la Manche.
A Cherbourg, où la gare transatlantique dynamitée par les Allemands en 1944, est encore en ruines, on accueille les passagers dans deux baraques en tôles posées sur le port. Pas très glamour, mais il n’y a pas le choix.
L’Île-de-France va effectuer plusieurs escales à Cherbourg en cette année 1946. L’occasion de voir quelques premières personnalités pointer le bout de leur nez : l’écrivain Jules Romains, la veuve de Saint-Exupéry, la princesse Caroline Murat, l’actrice Simone Simon, et le boxeur Marcel Cerdan, qui embarque le 13 novembre 1946 pour New York : il doit y rencontrer Georgie Abrams au Madison Square Garden. Son premier combat outre-Atlantique.
Le Saint-Bernard des mers
– En plein Atlantique lors d’une de ses traversées entre New York et Cherbourg, l’Île-de-France capte le message d’un cargo dont un membre d’équipage est atteint d’une crise d’appendicite aiguë. L’Île-de-France se déroute, prend à bord le malade, opéré par un passager qui se trouve être chirurgien. Et le jeune marin peut débarquer à Southampton, sain et sauf…
– En 1953, l’Île-de-France vient en aide à un cargo libérien désemparé dans la tempête.
– En 1956, il participe au sauvetage des naufragés du paquebot Andréa Doria, éperonné dans l’Atlantique par un cargo.
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