Christian Rabaud, le CHRU Nancy s’est-il mis en ordre de bataille pour accueillir tout patient qui aurait l’hantavirus ?

« Le CHRU est un établissement santé de référence pour le risque microbiologique au sens large pour le Grand Est et fait aussi partie des “superstructures” de référence avec Paris, Rennes, Bordeaux, Marseille et Lyon. On a à la fois l’équipement, l’entraînement et les différentes modalités car selon l’agent, on ne fait pas les mêmes choses. »

Le gouvernement a annoncé qu’il y aurait une quarantaine renforcée en milieu hospitalier pour les cas contacts. Êtes-vous susceptible d’accueillir un ou plusieurs de ces cas ?

« Il y a vingt-deux cas en France dont une malade qui est en réanimation. Quatre personnes étaient aussi sur le bateau et sont aussi hospitalisées à Bichat (Ndlr : à Paris). Les dix-sept autres patients devront être isolés et on est tout à fait à même de les prendre en charge si ce sont des patients du Grand Est. »

« S’il est dans le Grand Est, on est susceptible de le prendre en charge »

Avez-vous des informations en ce sens ?

« Pour le moment, il n’y a pas de patient hospitalisé chez nous (Ndlr : l’entretien a été réalisé ce mardi à 18 h). »

On imagine que les personnes concernées ont déjà été dirigées vers des structures…

« On ne peut pas être aussi affirmatif que cela. Hier encore (lundi), on leur disait de rester à la maison. Aujourd’hui (mardi), on leur dit qu’il faut qu’ils soient hospitalisés. Il faut les contacter, voir où ils sont… C’est sûr que si quelqu’un est à Marseille, il ne viendra pas chez nous. Mais s’il est dans le Grand Est, on est susceptible de le prendre en charge le temps de sa quarantaine. »

« Dans l’état actuel des connaissances, il n’y a pas d’inquiétude »

À quand remontent les derniers cas d’hantavirus que vous avez eus à traiter au CHRU ?

« Il y a deux choses dans les hantavirus : il y a ceux de “l’ancien monde” qu’on a régulièrement et qui donne ce qu’on appelle la fièvre hémorragique avec syndrome rénal. On en a quelques cas par an. Mais il n’a rien à voir avec celui dont on parle actuellement, celui du “nouveau monde”. L’hantavirus des Andes vient d’Amérique et donne des formes pulmonaires. Cette forme du “nouveau monde”, avec ce cas très particulier d’une croisière durant laquelle les gens ont été contaminés avant d’être “dispatchés”, à Nancy, on n’a jamais vu. »

Six ans après le Covid, ce virus fait ressurgir des peurs dans la population. Doit-on s’inquiéter ?

« Ce n’est pas du tout la même chose. L’hantavirus est un virus que l’on connaît depuis 1995 (Ndlr : dans sa forme des Andes) alors que la Covid était un nouveau virus. En plus, la Covid était un virus à transmission respiratoire, un peu comme la grippe. Là, pour l’instant, le passage du virus de l’homme à l’homme est plutôt une anomalie. On n’est pas sur quelque chose d’aussi épidémique et nuisible que la Covid. Il est toujours possible que le virus change ou mute mais pour le moment, il n’y a aucun signe qui montre que le virus est différent de celui qu’on connaît. Dans l’état actuel des connaissances, il n’y a pas d’inquiétude sur un phénomène de diffusion épidémique majeure comme on l’a connu avec la Covid… »