« Un légitime questionnement ». Le parquet de Caen, où Roland Blaudy purgeait sa peine de prison pour de multiples affaires de viol, prend la plume face à l’émoi. Le 29 avril, l’une de ses victimes, Karine Jambu, a appris que son bourreau allait retrouver la liberté après avoir purgé seulement huit des trente années de sa condamnation. Âgé de 73 ans, l’homme doit vivre à Rennes, à quatre kilomètres de son propre domicile. Ce, à partir de ce mardi 12 mai, la date prévue de sa sortie de prison.
Comment une telle situation est-elle possible ? C’est à cette question que répond le procureur de la République de Caen dans un long communiqué. « Dans le cadre de la préparation de cette sortie, il est apparu que la seule adresse où pourrait résider M. Blaudy se situait à Rennes », détaille Joël Garrigue. « À défaut d’assignation à résidence à cette adresse, il se trouverait en situation d’errance incompatible avec toute mesure de contrôle, de suivi et de prévention de la récidive. »
« Tous les dispositifs (…) mis en œuvre » pour surveiller l’ex-prisonnier
Le magistrat insiste sur ce dernier point : l’ancien prisonnier fait l’objet de toutes les mesures prévues par la loi pour le surveiller étroitement et l’empêcher de commettre d’autres crimes. Pendant quinze ans, il a notamment l’interdiction d’entrer en contact avec les victimes ou encore de paraître dans des lieux fréquentés par des mineurs. Il sera aussi placé sous surveillance électronique pour une durée de deux ans renouvelables. « La violation de l’une de ces obligations entraînerait pour lui une nouvelle incarcération pour une durée de 7 ans. » Des mesures, décidées par le tribunal d’application des peines, qui entrent en vigueur dès sa remise en liberté.
Pourquoi n’a-t-il purgé qu’une petite partie de sa condamnation pour les viols répétés de Karine Jambu, alors enfant ? Le procureur rappelle le mécanisme de la « confusion des peines ». Lorsqu’un prévenu a été condamné pour plusieurs infractions, un juge peut décider que la peine la plus longue absorbe la plus courte, en partie ou en totalité. Il en a même l’obligation, dans le cas où le cumul des deux peines dépasse le maximum légal prévu pour l’infraction la plus grave.
Confusion et réduction des peines
C’est ce mécanisme dont a bénéficié Roland Blaudy. En 2005, le pédocriminel a été une première fois incarcéré puis condamné à 18 ans de prison pour d’autres faits de viols et d’agressions sexuelles aggravées, notamment sur sa propre fille. Cette peine a été absorbée par une seconde, prononcée dans l’affaire Jambu, en 2018. Cette fois, il a écopé de 30 ans de réclusion criminelle avec, pour date de départ, le début de son incarcération, en 2005. Il devait donc, en théorie, n’être libéré qu’en 2035. Mais le septuagénaire a aussi eu droit à neuf ans de réduction de peine, ce qui a porté sa libération à 2026.
Le procureur de la République de Caen conclut : « Si l’on peut bien entendu comprendre l’inquiétude que suscite cette remise en liberté pour [la victime], il faut rappeler que tous les dispositifs juridiquement mobilisables pour assurer une prévention effective de la récidive et une surveillance poussée de ce condamné ont été mis en œuvre. Seule l’existence d’une domiciliation fixe permettait de mettre en place le placement sous surveillance électronique. »