Il y a parfois des clichés qui ont la vie dure et qui excèdent les habitants du quartier des Moulins à Nice. « C’est dangereux, il y a des dealers de drogue, c’est mal fréquenté » disent les niçois interrogés en centre-ville sur la réputation du quartier. L’arrivée des journalistes, après la fusillade de la place des Amaryllis, ce lundi 11 mai, a aussi excédé une partie des habitants comme ces deux jeunes femmes avec un t-shirt rose qui accostent les médias: « vous n’êtes là que quand cela se passe mal ». Venir aux Moulins, c’est aussi comprendre que la très grande majorité des habitants du quartier sont nostalgiques d’un quartier plus calme. Oui, les habitants veulent vivre, comme les autres, en sécurité

Des habitants à bout de nerfs

Ce mardi 12 mai, au lendemain de la fusillade qui a fait huit victimes dont deux morts, deux hommes, âgés respectivement de 38 et 57 ans « et qui ne présentaient pas d’antécédents en lien avec des trafics de stupéfiants » les habitants interpellent le maire, Eric Ciotti, sur le marché: « on était là dans les années 80, ce n’était pas comme ça, on en peut plus ». En face, avec des machines professionnelles, on nettoie le sang sur le sol du magasin qui a subi l’assaut d’un homme seul, venu en trottinette commettre le pire. 

Dans ce quartier qui se sent oublié, en 2023, nous écrivions dans un article consacré au quartier: « L’Allée Sœur Emmanuelle sera aussi ouverte à la circulation car « il faut occuper l’espace ». Une promesse de la précédente municipalité qui n’a pas été tenue alors même que cette allée donne sur la place des Amaryllis. Un jeu d’enfant avait été une réponse du camp Estrosi: une toile d’araignée installée pour 300 000 euros (photo de une) et vécu comme une provocation par les habitants, tant les dealers de drogue en ont fait leur fief. Siam Spencer, qui a écrit « La Laverie – Trafics, violences et une vie quotidienne : un an d’immersion au cœur des cités » aux éditions Robert Laffont, décrit « un ras-le-bol des dealers » à cette période. Désormais, « n’importe qui dans le quartier peut se faire assassiner gratuitement » dans la cité des Moulins qui voit la grande majorité des victimes être totalement étrangères au trafic de drogue voire même engagées pour éviter que les adolescents du quartier ne plongent dans les bras de la pieuvre. 

Une « guerre de territoire » contre « un cancer qui se métastase »

Eric Ciotti, nouveau maire de Nice, veut désormais agir avec « des armes juridiques, des armes judiciaires » mais s’inquiète d’un déplacement des points de deal. Pour parvenir à ses fins, le maire de Nice installe, dès ce lundi 18 mai, la police municipale sur la place des Amaryllis. Un lieu qui permettra la mise en place de patrouilles mixtes de terrain et qui n’est pas destiné à être ouvert au public. « Je souhaitais que cette place soit tenue par la police avec les moyens nécessaires: l’idée c’est de multiplier les patrouilles » explique le maire de Nice. Un lieu qui sera « occupé dans les plages horaires les plus dangereuses ». L’élue d’opposition écologiste Juliette Chesnel Le Roux ne voit « pas de solution à court terme ». Elle pointe la responsabilité de l’Etat qui doit « s’attaquer aux donneurs d’ordre ».  

L’importance de la médiation et de l’accompagnement

L’association Adam (aide aux devoirs et animation des Moulins) va devoir céder le local qu’elle occupe pour laisser place aux uniformes de la police municipale. « L’association sera déplacée, elle fait un travail utile et efficace, on va trouver des locaux qui sont disponibles un peu plus loin ». Pour Siam Spencer, qui a observé le travail des associations, « le travail se fait sur un temps long ». La journaliste observe que les associations « permettent de trouver du travail et participent à une paix sociale » qui concède que « la médiation ne peut pas tout faire mais elle a son importance et souvent, elle n’a pas assez de moyens pour aller au bout » de leurs idées. 

La faute à un système bien rodé, décrit par Juliette Chesnel Le Roux, élue d’opposition écologiste au conseil municipal niçois qui souligne « l’espoir » des habitants envers ces structures. Mais Nice reste Nice: « il faut voir le travail que font les associations, sur le sport, sur la culture, sur l’éducation à l’environnement. Jusqu’à présent, des associations étaient aidées en fonction de leurs connivences ou de leur connaissance avec les équipes municipales. Ce n’est pas ce qu’il faut, ce n’est pas « tu es avec moi ou tu es contre moi », il faut renouer une confiance avec les associations. la ville doit être là pour les soutenir. »