Dans de nombreux pays riches, les aliments ultra-transformés
occupent désormais une grande part de l’assiette. Le psychologue
Jeremy Dean rappelle que « la dépression et l’anxiété sont liées
à des aliments qui représentent 60 % des calories consommées aux
États-Unis », selon PsyBlog. Les travaux publiés ces dernières
années pointent un risque accru de dépression et d’anxiété, sans
que tout soit déjà expliqué.
Ce que disent les grandes études
L’étude internationale ALIMENTAL, menée auprès de 15 262 adultes
dans 40 pays, a montré qu’un régime très riche en aliments
ultra-transformés augmentait jusqu’à 40 % le
risque de dépression. À l’inverse, un modèle de type méditerranéen,
riche en végétaux et huile d’olive, réduisait nettement ce risque.
Une autre analyse américaine sur plus de 10 000 adultes a observé
chez les plus forts consommateurs 81 % de symptômes dépressifs
légers en plus et 40 % de probabilité en moins de déclarer aucun
jour de mauvaise santé mentale dans le mois.
En Europe, la cohorte Whitehall II suivie par l’Inserm a montré
qu’environ un tiers des apports énergétiques sous forme d’aliments
ultra-transformés s’accompagnait d’un sur-risque d’environ 30 % de
symptômes dépressifs récurrents, comparé à des apports inférieurs à
20 %. Plusieurs revues systématiques et
méta-analyses retrouvent ce schéma dose-réponse : plus la part
d’ultra-transformés augmente, plus le risque de dépression s’élève.
Pour l’anxiété, les résultats sont un peu moins nets mais vont dans
le même sens, avec davantage de jours d’angoisse rapportés par les
gros consommateurs.
Comment ces produits agissent sur le
cerveau
Les aliments ultra-transformés sont souvent riches en sucres
rapides, graisses et sel, mais pauvres en fibres, vitamines et
micronutriments. Cette combinaison favorise la prise de poids et
une inflammation de bas grade dans l’organisme, capable de toucher
le cerveau et d’augmenter la vulnérabilité à la dépression ou à
l’anxiété. Cette alimentation perturbe aussi la glycémie et le
microbiote intestinal, deux régulateurs clés des neuromédiateurs
impliqués dans l’équilibre émotionnel.
Les chercheurs décrivent un effet de quasi-addiction : la forte
appétence de ces produits pousse à manger au-delà de la faim, ce
que mesure l’échelle Yale Food Addiction Scale. Entre 14 et 20 %
des adultes et 12 à 15 % des jeunes seraient concernés, ce qui
conduit les spécialistes à recommander une réduction progressive
des ultra-transformés et un retour vers des aliments plus simples
en complément des prises en charge psychologiques.