Frappée par les sanctions internationales et les répercussions du conflit en Ukraine, la production pétrolière russe s’enfonce dans une crise durable. En 2026, l’extraction devrait tomber à 511 millions de tonnes, son niveau le plus bas depuis 17 ans.

La production pétrolière russe s’apprête à connaître un déclin historique. Les prévisions du ministère russe du Développement économique indiquent que l’extraction devrait chuter pour la quatrième année consécutive en 2026, pour s’établir à 511 millions de tonnes. Ce volume marquerait un point bas inédit en 17 ans, prolongeant une tendance baissière amorcée depuis l’invasion de l’Ukraine, avec une diminution globale de 4,5 % depuis 2022. Même au plus fort de la pandémie de Covid-19 en 2020, le secteur s’était montré plus résistant que les estimations actuelles ne le laissent présager.

L’accélération de cette baisse, survenue ce printemps, s’explique principalement par la santé financière précaire des géants du secteur. Malgré des quotas de l’OPEP qui autoriseraient une production plus soutenue, les entreprises russes ont drastiquement réduit leurs activités de forage, rapporte le Moscow Times. Les sanctions internationales, le renforcement du rouble et la volatilité des prix ont lourdement pesé sur les bilans : Rosneft a vu ses bénéfices divisés par quatre, tandis que Lukoil a enregistré sa première perte en deux décennies. Selon Gennady Maksakov, expert indépendant cité par l’agence Bloomberg, cette dégradation financière pousse les compagnies vers une stratégie de réduction des coûts qui pénalise inévitablement l’extraction future.

L’analyse de Sergey Vakulenko, chercheur au Centre Carnegie de Berlin, souligne l’impasse stratégique dans laquelle se trouve la Russie. Selon lui, « l’industrie pétrolière russe se trouve dans une situation de zugzwang » [terme venant des échecs qui désigne une situation délicate où l’on est contraint de jouer alors qu’on préférerait passer son tour]. Il anticipe une érosion lente mais constante de la production, de l’ordre de 3 % par an. L’expert précise que « le maintien du niveau de production actuel ou la réalisation d’une croissance ne sont possibles qu’en exploitant des réserves dont le coût technique sur l’ensemble du cycle est supérieur à 35-40 dollars/baril, pour lesquelles l’industrie pétrolière russe manque actuellement de capitaux suffisants, et l’État n’est pas disposé à laisser ces capitaux dans l’industrie ».

Au-delà de ces contraintes, le secteur pétrolier russe doit aussi faire face aux conséquences directes du conflit en Ukraine. Les flux de trésorerie sont déstabilisés par l’instabilité générale et la nécessité de financer les réparations urgentes des raffineries ciblées par des attaques.