Par

Clémence Pays

Publié le

13 mai 2026 à 19h36

C’est une première à Rennes. Une femme a été nommée cheffe du service interdépartemental de la police judiciaire (SIPJ), en la personne de Lénaïg Le Bail. Si elle est arrivée à la direction interdépartementale de la police nationale d’Ille-et-Vilaine (DIPN 35) en avril 2026, elle a officiellement été installée début mai. L’occasion pour Lénaïg Le Bail de partager son parcours « d’une quinzaine d’années, surtout dans le judiciaire », mais aussi les défis qui l’attendent.

Un parcours judiciaire axé sur la protection des victimes

La femme de 41 ans a fait l’essentiel de sa carrière à Paris. Mais la capitale bretonne ne lui est pas inconnue. « Je suis née à Rennes, j’ai grandi ici. »

C’est encore plus engageant [d’intégrer le SIPJ de Rennes, N.D.L.R]. Le sens des responsabilités est encore plus fort.

Lénaïg Le Bail
Commissaire divisionnaire, cheffe du Service Interdépartemental de Police Judiciaire de la DIPN35

Sortie de l’école de police en 2011, elle travaille d’abord à Palaiseau (Essonne) où elle découvre « le quotidien de la police nationale et de la population » de la région parisienne.

Un passage en Martinique

C’est ensuite à l’autre bout de l’océan Atlantique que Lénaïg Le Bail officie en tant que cheffe de la sûreté départementale (au service investigation) à Fort-de-France (Martinique).

Là-bas, son travail se concentre sur « la petite et moyenne délinquance ». Elle découvre « le niveau de criminalité des Antilles, avec beaucoup d’atteintes aux personnes graves ».

Après quatre années en Martinique, Lénaïg Le Bail retourne en métropole et intègre la Direction centrale de la police judiciaire durant neuf ans et travaille dans trois services.

Répression des violences, sous-direction antiterroriste…

De l’office central de la répression des violences aux personnes (OCRVP) à la sous-direction antiterroriste en passant par l’office central pour la répression de la traite des êtres humains, Lénaïg Le Bail s’attaque à nombre de dossiers : démantèlement d’une organisation d’ampleur qui œuvrait à exploiter la prostitution de femmes en France depuis l’étranger ; attentat djihadiste de Rambouillet ayant conduit à la mort de la policière Stéphanie Monfermé ; assassinat d’Yvan Colonna ; disparition d’Estelle Mouzin ; affaires Xavier Dupont de Ligonnès et Troadec

La commissaire divisionnaire n’a pas à rougir de son CV, mais reste humble.

« J’ai travaillé sur des petits pans de certains dossiers. Ce sont des dossiers qui ont commencé avant que j’arrive et qui, pour certains, se poursuivent », confie celle qui souligne le travail apporté par chaque personne ayant eu la charge de ces enquêtes.

Elle se dit par ailleurs marquée par « des affaires de pédocriminalité en ligne ».

Retour au terrain

« J’ai un parcours très judiciaire avec des fonctions centrales et territoriales », constate Lénaïg Le Bail. Son arrivée à Rennes émerge de son « souhait de se réancrer dans un territoire ».

C’est important d’avoir plus de contact avec le terrain et d’être plus proche du quotidien des concitoyens.

Lénaïg Le Bail
Commissaire divisionnaire, cheffe du Service Interdépartemental de Police Judiciaire de la DIPN35

Dans ses nouvelles fonctions au SIPJ, Lénaïg Le Bail dirige « environ 200 personnels » à Rennes et une centaine supplémentaire à travers le département d’Ille-et-Vilaine. La commissaire divisionnaire a à cœur de permettre à chacun de ces agents de travailler « dans de bonnes conditions » pour trouver « du sens dans la mission qui est la leur ».

L’objectif du service est de traiter les affaires qui préoccupent nos concitoyens et leur apporter des réponses. Derrière chaque dossier, il y a une victime.

Lénaïg Le Bail
Commissaire divisionnaire, cheffe du Service Interdépartemental de Police Judiciaire de la DIPN35

Le défi de la réforme de la police nationale

Au-delà des enjeux autour du trafic de stupéfiants et des atteintes aux biens et aux personnes qui incombent à Rennes, « comme toutes les villes de taille moyenne en France », l’un des gros chantiers auquel doit faire face Lénaïg Le Bail est celui de « la poursuite de la mise en œuvre de la réforme de 2024, qui a beaucoup impacté le judiciaire ».

En effet, la plus importante réforme de la police depuis 50 ans a placé les services de la PJ sous l’autorité de l’état-major de leur département. Cette départementalisation est critiquée par une partie de la profession, comme le révèlent nos confrères d’Enquêtes d’actu.

« La qualité du travail fourni n’est pas à démontrer », insiste Lénaïg Le Bail qui concède toutefois une mise en place de cette réforme « pas totalement aboutie » .

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