Par Matthieu Le Gall
Outre-Manche, nul ne sait si Keir Starmer parviendra à sauver sa tête. D’abord hésitant, l’un de ses nombreux rivaux au sein du parti travailliste, le ministre de la Santé Wes Streeting, serait finalement résolu à obtenir le soutien de 81 parlementaires de la majorité, nécessaires pour défier l’autorité du premier ministre. Mais quel que soit l’épilogue du feuilleton qui déchire le Labour, l’inconscience de la gauche britannique s’étale chaque matin en une des journaux, démontrant qu’elle n’a décidément rien appris des déboires qui ont réduit au néant ses adversaires conservateurs.
Aveuglés par l’ambition, les putschistes du Labour pensent qu’un changement de casting à la tête du gouvernement permettra d’oublier les mauvais résultats de la majorité aux élections locales du 7 mai, qui ont vu une percée de Reform UK, le parti populiste de Nigel Farage. Rien n’est plus faux. Les problèmes resteront dans cette monarchie parlementaire ingouvernable, où pas moins de cinq premiers ministres se sont succédé depuis le départ de David Cameron en 2016, l’artisan maudit du Brexit. La palme revient à l’éphémère Liz Truss, qui n’est restée que sept semaines au 10 Downing Street.
Changer de leader comme de chemise ne constitue pas, pour un parti, une stratégie. Et la gauche britannique serait avisée de faire preuve d’un peu plus de sang-froid si elle ne veut pas livrer le Royaume-Uni à l’extrême droite, lors des prochaines élections générales en 2029. Les électeurs ont voté il y a deux ans pour plus de stabilité, pas pour subir les nouvelles crises de panique de Westminster.