En un siècle, plus de 550 000 esclaves ont été transportés par des navires nantais. Dans la Cité des Ducs, chaque année, le mois de mai est l’occasion de se remémorer ce lourd passé.

Le 10, dimanche dernier, c’était la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, et le 21, ce sera le 25e anniversaire de la loi Taubira, qui reconnaît ce crime contre l’humanité. 

Mais pour Erika Cadersah, élue La France Insoumise (LFI) à la métropole, « commémorer ne suffit pas, il faut de la justice », notamment dans l’espace public. Exemple, rue Kervegan, au coeur de cette ville qui a été le premier port négrier français au 18e siècle (42% des expeditions entre 1707 et 1793) :

« Daniel de Kervegan a été maire de Nantes, certes, mais il a aussi été armateur, négrier et a réprimé des paysans. Pourquoi pas des leaders syndicaux qui ont aidé à l’émancipation des ouvriers, des personnes qui se sont illustrées pendant les guerres en sauvant ou nourrissant leurs semblables, des racisés puisque la France a toujours été métissée, des personnes qui inspirent la jeunesse dans les quartiers populaires ? Et pourquoi des personnages qui portent une mémoire aussi clivante et ont fait du mal aux autres ? Pourquoi eux sont encensés dans l’espace public ? Je ne dis pas qu’il faut les effacer. Ils ont existé, mais pour moi, ils devraient être dans des musées. L’espace public est fait pour donner de la visibilité à des gens qui rassemblent, glorifient les valeurs fondamentales de la France« .

Cette descendante d’esclavagisés et d’esclavagistes a aussi quelques griefs contre le Mémorial de l’abolition de l’esclavage, le premier en France, créé en 2012 : « Déjà, il est dans les cales des quais, donc il est en sous-sol. De la rue, il n’est pas du tout visible, les gens peuvent passer devant sans le voir.

 

« L’histoire est factuelle mais l’argent explique tout »

 

Et, quand on entre dedans, je trouve très problématique qu’on ait un crime sans criminel. L’esclavage a eu lieu, on ne sait pas pourquoi, on ne sait pas qui en a bénéficié, on ne sait pas où est l’argent. Le Code noir n’y figure pas, alors qu’il devrait être exposé. C’est quand même le cœur de cette histoire, puisque c’est lui qui témoigne de l’implication d’un système étatique dans l’inhumanité. Et puis, j’aurais aimé qu’on cite aussi les grands groupes et les grandes banques, toujours présents qui se sont enrichis par le commerce de la chair humaine. L’histoire est factuelle mais l’argent explique tout ». 

Erika Cadersah milite aussi pour mettre à l’honneur les marrons, ces esclaves qui ont fui et résisté. Elle souhaite également qu’on ouvre « toutes les archives », qu’on épluche « tous les registres que détiennent les familles des armateurs afin de retracer ces histoires ».

« Il faut accepter de tout dire pour aborder tout cela de manière sereine et remettre les choses à leur place », conclut l’élue.