Situé entre le Nil et la mer Rouge, le désert de l’Atbaï demeure l’une des régions les moins bien connues du nord-est africain sur le plan archéologique. Pourtant, plusieurs études y ont révélé la présence d’intrigantes structures circulaires en pierre, datées entre 4 500 et 2 500 ans avant notre ère, dont la fonction restait jusqu’ici énigmatique.
Une récente étude a toutefois montré que ces structures étaient bien plus nombreuses qu’on ne le pensait dans le désert soudanais. Grâce à la télédétection par satellite, une équipe de chercheurs a identifié 280 enceintes circulaires en pierre, mesurant entre 5 et 82 mètres de diamètre. Mais que pouvaient-elles représenter ?

Exemples d’enceintes en pierre découvertes dans le désert de l’Atbaï. © Cooper et al. 2026, African Archaeological Review
Des restes humains et de bétail
Pour y voir plus clair, les archéologues ont étudié finement ces structures et leur environnement. Ils ont ainsi constaté que la plupart étaient situées à proximité de points d’eau. Plusieurs d’entre elles abritaient également des sépultures, dont l’organisation variait selon les sites. Ces tombes contenaient à la fois des restes humains et animaux, en particulier de bétail.
Cette découverte suggère que ces enceintes ont été construites par des populations pastorales, une hypothèse renforcée par la présence de peintures rupestres représentant du bétail dans la région. Ces indices témoigneraient d’une pratique de l’élevage dans ce désert dès le VIe millénaire avant notre ère.

Une découverte révèle l’organisation surprenante de l’élevage il y a 6 000 ans
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Difficile, toutefois, d’imaginer aujourd’hui une telle activité dans un environnement aussi aride. Mais il faut se souvenir qu’il y a 6 000 ans, le désert de l’Atbaï présentait des conditions bien différentes. Nous sommes alors à la toute fin de la période humide africaine, une période où le climat était nettement plus favorable, même si l’aridification était déjà engagée. Cette évolution aurait pu contribuer à une réorganisation progressive des implantations humaines vers des régions plus hospitalières.
Une zone refuge malgré l’aridification
Toutefois, la désertification du Sahara n’a peut-être pas été uniforme. Certaines régions comme l’Atbaï ont pu rester habitables plus longtemps que prévu ou mieux résister à l’aridification que d’autres secteurs sahariens.

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« Le pastoralisme centré sur l’élevage bovin semble avoir perduré au moins jusqu’au IIIe millénaire avant notre ère, bien après la régionalisation culturelle et la disparition progressive de la période humide africaine. Cela signifierait soit que l’Atbaï est resté un refuge favorable pendant une longue période malgré le déplacement vers le sud de la mousson, soit que la dégradation climatique n’a pas eu, dans cette partie du Sahara, un impact démographique aussi marqué que ce qui est généralement avancé », concluent les auteurs de l’étude, publiée dans la revue African Archaeological Review.