Verdict : un barrage géant pourrait peut-être empêcher le désastre, mais sous certaines conditions. Si la circulation méridienne de retournement atlantique ne connaît qu’un léger ralentissement, alors fermer le détroit de Béring pourrait en effet soutenir l’AMOC et lui permettre de continuer à fonctionner malgré le réchauffement climatique. Cependant, si le système de courants océaniques est déjà bien affaibli, la fermeture du passage entre Pacifique et Arctique ne ferait qu’accélérer le processus d’effondrement en cours. Autrement dit, le timing a une importance capitale : afin d’assurer l’efficacité du barrage, il faudrait qu’il soit construit avant 2050, selon les auteurs.
Mais une infrastructure aussi importante est-elle seulement faisable techniquement ? Sur le papier, les chercheurs estiment que oui. La présence de deux petites îles au milieu du détroit permettrait en effet de diviser l’ouvrage en deux sections, avec une profondeur maximale d’environ 59 mètres. Des contraintes importantes, mais pas inédites : à titre de comparaison, la digue de Saemangeum, en Corée du Sud, s’étend sur 33 kilomètres pour une profondeur atteignant 54 mètres. Là où le bât blesse, c’est que ces barrages devraient être érigés dans une région reculée, sujette à la glace et à des tensions géopolitiques – le détroit de Béring étant un point stratégique pour accéder à l’Arctique.