La gestion de l’après-carrière est propre à chacun. Mais la réalité d’un joueur de très haut niveau n’a rien à voir avec celle d’un joueur de deuxième division. Pour comprendre, retour sur l’histoire de Jérémie Chaput, ancien demi de mêlée aux 226 matchs en Pro D2 qui a connu les phases finales avec Montauban.
Chaque saison, les promus en Top 14 se tuent à dire que le gap entre la Pro D2 et l’élite du rugby français est énorme. C’est une réalité, celle du terrain. Mais loin des pelouses, un autre monde sépare les deux divisons. L’après carrière d’un joueur qui a évolué en Top 14 la majeure partie de sa carrière n’a sans doute rien à voir avec celle d’un joueur de Pro D2. Sans parler de ceux qui comptent des sélections en équipe de France. D’abord parce que les salaires sont bien plus élevés : « La qualité de vie qu’ils peuvent construire à côté du rugby et même pour l’après-carrière n’est logiquement pas la même », explique Jérémy Chaput, ancien joueur de Pro D2, avant de reprendre : « Avec l’argent, on peut avoir plus de facilité à faire les bons placements pour être plus sereins pour l’avenir. Un mec de Top 14 qui touche un bon salaire pendant des années, s’il a bien réussi à épargner, il est peut-être moins inquiet pour son après-carrière. Un joueur de Pro D2, il peut y arriver mais s’il est dans le haut du panier et encore, il sera obligé de faire une vraie reconversion et de travailler toute sa vie. »
Et si ce n’est bien sûr pas une généralité, l’ancien joueur de Montauban, avec qui il compte 179 matchs, touche du doigt une réalité. Celle du nécessaire retour à ce que l’on pourrait appeler la vraie vie après le rugby. Une réalité qui est bien plus brutale pour un joueur moyen de deuxième division qui n’a, en plus du côté financier, pas eu la chance d’avoir une aussi grande exposition ou un aussi large carnet d’adresses, synonyme d’opportunités pour la suite : « Les débouchés sont différents », ajoute Jérémy Chaput.
Quand tu passes dans la vraie vie, tu comprends que plus rien n’est pareil
Si chacun gère son après carrière différemment, l’histoire de l’ancien demi de mêlée est en fait celle de beaucoup de joueurs de Pro D2 qui passent d’un train de vie plutôt agréable à celui du Français moyen du jour au lendemain. Pour Jérémy Chaput, qui a arrêté sa carrière pour des raisons familiales, il a fallu rebondir vite : « D’un point de vue familial ce n’était plus compatible. Je voulais me rapprocher de mon enfant. C’était trop difficile pour moi de gérer la distance donc j’ai décidé de rentrer à Montauban. »
Là-bas, il décide de compléter sa formation de plombier. « J’avais déjà un CAP plombier et j’ai passé en supplément un CAP maçonnerie. À ce moment-là, j’apprends qu’un de mes amis qui a déjà son entreprise se retrouve seul parce que son collègue a décidé de partir dans une autre boîte. Je l’ai donc appelé et je lui ai proposé de faire ma formation avec lui », raconte l’ancien joueur. Voilà comment, en quelques semaines, Jérémy Chaput change de vie. Un changement qui n’a pas été simple à encaisser : « Être rugbyman, s’entraîner tous les jours, c’est quelque chose de très difficile mais travailler dans la maçonnerie ou être artisan, ça demande un effort complètement différent. Il m’a fallu peut-être trois semaines, un mois, avant de m’adapter. J’ai eu un choc, vraiment… Je ne sais pas exactement combien d’heures par semaine je faisais au rugby mais je sais que c’était beaucoup moins que les 40 à 50 heures que je fais aujourd’hui ! »

Jérémy Chaput sous les couleurs de Narbonne qu’il a rejoint après Montauban. Un éloignement de sa famille qui a précipité son choix d’arrêter sa carrière.
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Un quotidien complètement chamboulé qui met rapidement en lumière un manque : « L’après carrière a été compliquée parce que j’ai pris une décision rapide et je ne me suis pas préparé à ce qui allait m’arriver. Ça m’a mis un coup parce que tu ne vois plus tes copains, même si tu es sur la fin, tu as toujours envie de jouer, tu as toujours envie de t’entraîner et du jour au lendemain, tu n’as plus ça alors ça a été quand même dur. Je crois que c’est la cohésion qui manque le plus. C’est tout une ambiance le rugby. Quand tu passes dans la vraie vie, tu comprends que plus rien n’est pareil », assure celui qui a connu les phases finales sous le maillot de l’USM avant d’avouer : « C’est là où tu commences à cogiter et malheureusement il y en a énormément qui tombent dans la dépression. Personnellement, je ne crois pas que j’y suis tombé mais avec le recul, c’est clair que j’ai eu des moments compliqués. C’est pour ça que j’ai voulu me lancer tout de suite dans ma reconversion et ne surtout pas rester au chômage. »
Après les doutes, Jérémy Chaput s’est fait violence et s’est pleinement lancé dans son nouveau métier, montant même sa propre entreprise : « Les journées commencent tôt, très tôt ! Avant j’avais rendez-vous vers 8h30 au stade pour boire le café avec les copains avant de commencer la journée vers 9 heures. Maintenant, ça n’a plus rien à voir (rires). Je fais du sport le matin et ensuite, je rejoins toujours mon associé à 8 heures. Les journées se terminent entre 17h et 19h selon le travail qu’il y a à faire ». Aujourd’hui pleinement épanoui dans sa vie d’après, le parcours de Jérémy Chaput est celui de nombreux anciens coéquipiers et joueurs qu’il a pu croiser sur les pelouses de Pro D2. Loin d’un quotidien au rythme du ballon ovale et plus proche de la réalité de l’après carrière.