La “nouvelle France” n’est pas un simple mot mal choisi… C’est une rupture.
Par Baptiste Ménard, Adjoint à la maire de Mons-En-Baroeul, Conseiller à la métropole européenne de Lille & Président de « Lueurs Républicaines » (*)
Une rupture éthique, d’abord.
Car sous couvert de reconnaissance, ce concept essentialise. Il assigne. Il fige des individus dans des identités supposées – raciales, culturelles, sociales – comme si celles-ci définissaient désormais leur place dans le corps politique.
C’est une trappe : on prétend rendre visible, on enferme – une véritable “trappe à identité”, comme l’analyse la politologue Virginie Martin fondatrice de l’Institut Spirales.
Une rupture républicaine, ensuite.
La République française est une et indivisible. Non par naïveté, mais par exigence : celle de ne jamais substituer des appartenances à l’idée de citoyenneté. Parler de “nouvelle France”, c’est introduire une césure. C’est suggérer qu’il y aurait plusieurs France, plusieurs légitimités, plusieurs récits concurrents. C’est fracturer ce que la République s’efforce de tenir ensemble.
Or la gauche n’a jamais été aveugle aux inégalités.
Elle n’a jamais nié les discriminations, ni les obstacles liés aux origines. Elle les a combattus. Elle a ouvert, progressivement, l’accès aux responsabilités, aux institutions, à la représentation. Des parcours comme ceux de Najat Vallaud-Belkacem, Fleur Pellerin, Hélène Geoffroy ou Karim Bouamrane ne sont pas des exceptions surgies du néant : ils sont le produit d’une politique, d’un travail, d’une histoire.
Mais elle l’a toujours fait dans un cadre clair : celui du creuset républicain.
Celui d’une promesse simple : permettre à chacun d’accéder à l’égalité sans jamais être enfermé dans ce qu’il est censé être.
C’est précisément ce cadre que la “nouvelle France” vient briser.
En segmentant le corps social, elle substitue à l’idée de bien commun une logique de juxtaposition. Elle oppose là où il faut rassembler. Elle catégorise là où il faut relier. Elle transforme une société en archipel de groupes supposés homogènes.
Et ce faisant, elle produit un effet politique majeur : elle hystérise le débat public.
À mesure que cette “nouvelle France” est brandie, elle devient le miroir d’une autre lecture, tout aussi radicale. Le face-à-face s’installe. La conflictualité devient la règle. Les extrêmes prospèrent.
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Il n’est pas anodin que ce registre soit aujourd’hui porté avec constance par Jean-Luc Mélenchon. Car derrière le mot, il y a une stratégie : polariser pour exister, fragmenter pour opposer, tendre vers un affrontement final.
Mais la gauche n’a jamais gagné en divisant le pays.
Elle a gagné lorsqu’elle a su tenir ensemble : reconnaître les fractures sans les absolutiser, corriger les inégalités sans assigner les individus, élargir le commun sans le dissoudre.
La France n’a pas besoin d’être redéfinie en “ancienne” et “nouvelle”.
Elle a besoin d’être tenue : Ensemble.
(*) Baptiste Ménard est – entre autres – adjoint à la maire de Mons-en-Baroeul (Nord), conseiller à la métropole européenne de Lille, membre du conseil national du PS, et préside le cercle de réflexion « Lueurs Républicaines » qu’il a fondé. Attaché à une gauche profondément républicaine, sociale, écologiste, humaniste et populaire, il agit en ce sens.