Par

Clément Mazella

Publié le

14 mai 2026 à 6h00

Une vie. Ou plutôt deux. Capé 15 fois en équipe de France, Frédéric-Lubin Lebrère a ressuscité après avoir été annoncé mort lors de la Première Guerre Mondiale. Un éclat d’obus l’a rendu borgne, mais l’Agenais de naissance a tenu bon. Et sa légende se constitua alors : il s’est affirmé comme l’une des grandes vedettes du rugby français des années folles. Fascinant.

La vie de Frédéric-Lubin Lebrère compte autant d’histoires que de versions

Fascinant, comme le travail abattu par le journaliste Nicolas Stival pour écrire « Lubin le miraculé », aux éditions Cépaduès. Pendant des années, ce passionné de rugby et de généalogie a compilé témoignages et archives (à Agen, Toulouse, mais aussi à La Bibliothèque nationale de France à Paris) pour narrer les 1000 histoires du héros.

« C’était très compliqué, car Frédéric-Lubin Lebrère n’a pas de descendance. Et puis, il y a autant d’histoires à son sujet que de versions », témoigne l’auteur auprès d’Actu Rugby. 

Sur sa taille, par exemple. 1,77m sur son registre matricule, plus d’1,80m ailleurs, jusqu’à 1,87m selon des dires. « C’était un colosse », affirmait l’ancien président du Stade Toulousain Henri Fourès.

Beaucoup de versions circulent aussi sur le nombre de balles qu’il a reçues dans le dos pendant la Guerre : une bonne dizaine à coup sûr, 14 dans des récits, et jusqu’à 17 selon une légende venue d’Écosse.

Sans oublier ce match en Irlande en 1920 lors duquel Frédéric-Lubin Lebrère a été arrêté par la police pour avoir osé entonner La Marseillaise et chants révolutionnaires dans un pub. L’intéressé affirma que c’était avant le match, d’autres après la rencontre. Et certaines voix ont souligné que le pilier ou deuxième ligne avait été placé en prison. Lui a nié.


« Lubin le miraculé », écrit par Nicolas Stival, aux éditions Cépaduès. (© Cépaduès)
Premier borgne à jouer en équipe de France de rugby

Toutes ces histoires feraient presque oublier le phénomène rugbystique qu’était Frédéric-Lubin Lebrère à l’époque.

Sélectionné 3 fois avec les Bleus en 1914, « Monsieur le Maire », son surnom, retrouva l’équipe nationale après sa mutilation, devenant le premier borgne à jouer en équipe de France. Il participa au fameux match des borgnes en 1920 face à l’Écosse, mais aussi la très brutale finale olympique de 1924 perdue par les Tricolores.

Amoureux du Stade Toulousain, il se forgea un palmarès éloquent, décrochant trois boucliers de Brennus de suite (1922, 1923 et 1924), avant d’arrêter de jouer à presque 40 ans, et de devenir entraîneur puis dirigeant du club Rouge et Noir.

Entre mythes écossais et archives toulousaines, le livre de Nicolas Stival, confrère passé par L’Équipe, 20 Minutes et aujourd’hui à Actu Toulouse, rend enfin justice à ce destin hors norme. Une lecture essentielle pour redécouvrir l’homme derrière le borgne le plus célèbre de l’histoire de l’Ovalie.

Lubin le miraculé
Editions : Cépaduès
Nombre de pages : 140
Sortie : Mai 2026
Auteur : Nicolas Stival
Prix : 20 euros

Lubin le miraculé est disponible ici.

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