Quand il a racheté le château d’Apigné en 1989, Karim Khan était à 1 000 lieues de penser que sur cette terre pousserait un jour un vignoble. Et pourtant. L’entrepreneur, qui a fait de ce château en ruines un hôtel cinq étoiles et restaurant gastronomique, a bien l’intention de servir ses premières bouteilles d’ici 2029. 40 ans plus tard.
Début mai, il a planté 3 200 pieds de vigne sur une parcelle de 8 000 m². Une idée qui trottait dans la tête de ce passionné depuis quelques années. « Je passe mes vacances dans les vignobles, où je rencontre souvent des vignerons. J’avais à l’origine l’envie d’acheter un vignoble, mais finalement ces derniers m’ont conseillé de le faire ici ».
« Des courbes de chaleur que l’on trouvait à Bordeaux en 1945 »
Du vin au Rheu, tout près de Rennes ? L’idée, autrefois saugrenue, ne l’est plus. « J’ai été conseillé par Valérie Bonnardot, climatologue à l’université Rennes 2. Elle m’a indiqué qu’on a, à Rennes, des courbes de chaleur que l’on trouvait à Bordeaux en 1945, et le climat d’Angers de 1990 ». Deux régions viticoles. Alors pourquoi ne pas se lancer ? D’autant plus que Karim Khan a la surface adéquate sur ses 25 hectares de terres.
« On a donc lancé le projet il y a trois ans. On a préparé la terre dans une zone ensoleillée toute la journée. Comme la terre est argilo-limoneuse, on l’a drainé et ajouté du fumier de cheval ». Afin de s’adapter à l’humidité liée au temps breton, l’espace entre les rangs des vignes a été élargi. « On l’a installé dans une zone bien ventée, et l’idée est que le sol et les vignes ne gardent pas trop l’humidité, le danger numéro un pour nous ».
« Un pari pour les 30 à 40 prochaines années »
Quant aux cépages, il a misé sur du Floréal en blanc et du Vidoc en rouge, « qui s’adaptent au climat breton. Mais j’ai aussi fait deux paris, avec du Syrah et du Viognier, deux cépages rhodaniens. C’est risqué, mais c’est un pari pour les 30 à 40 prochaines années. » Au total, l’entrepreneur a investi 80 000 € dans sa vigne, sans compter le chai qu’il compte faire construire dans les trois prochaines années. Objectif : produire quelque 3 000 bouteilles par an, « dans un premier temps, puis 5 000 avec une vigne plus mature ».
S’il veut faire « beau et bon », Karim Khan l’affirme, « nous y allons sans prétention, avec beaucoup d’humilité. Nous allons apprendre. Cette vigne, nous allons la soigner, la chouchouter, et on verra bien ce que l’on sera capable de produire ». Surtout, il n’entend pas faire de ce vin « une machine à cash ». « On veut créer du plaisir, mettre en valeur notre terroir et créer un terroir avec cette vigne. Mais aussi donner une nouvelle attractivité au château avec l’œnotourisme ». De fait, cette vigne pourrait plaire la clientèle étrangère. « On a beaucoup de clients étrangers, notamment l’été, du Canada, des États-Unis et d’Australie. À chaque fois, ils me demandent où est la vigne car pour eux, en France, château égal vigne ». Désormais, Karim Khan va pouvoir leur montrer.