Ce coiffeur vivant près d’Atlanta a retrouvé la liberté, lundi, après 473 jours de détention entre moisissures, sanitaires défectueux et chaleur insoutenable dans un centre de la police de l’immigration. Son arrestation en janvier 2025 avait suscité une vague d’indignation nationale.

Publié le 14/05/2026 12:08

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Rodney Taylor, lors d'une conférence de presse à Norcross, dans l'Etat de Géorgie (Etats-Unis), le 11 mai 2026. (SARAH MANSOURA / RADIO FRANCE)

Rodney Taylor, lors d’une conférence de presse à Norcross, dans l’Etat de Géorgie (Etats-Unis), le 11 mai 2026. (SARAH MANSOURA / RADIO FRANCE)

Il est le visage d’une rare victoire contre la machine administrative américaine. Rodney Taylor, coiffeur près d’Atlanta et originaire du Liberia, a retrouvé la liberté, lundi 11 mai, après un calvaire de quinze mois dans un centre de l’ICE, la police de l’immigration.

Arrivé aux États-Unis à l’âge de 2 ans pour des raisons médicales, cet homme est doublement amputé depuis l’âge de 10 ans. Son arrestation par les services de l’immigration en janvier 2025, basée sur une ancienne condamnation pour laquelle il avait pourtant été gracié, a suscité une vague d’indignation nationale.

Devenu malgré lui une figure de proue du mouvement pour les droits humains, Rodney Taylor est aujourd’hui l’un des très rares détenus à avoir obtenu une libération sous caution grâce à une mobilisation citoyenne massive.

C’est un homme fatigué qui parle, encore incrédule après 473 jours de détention entre les moisissures, les sanitaires défectueux et la chaleur insoutenable. « Il était presque impossible de charger les prothèses électriques, d’avoir un siège pour se doucher », raconte Rodney. Ils ont même refusé de me nourrir pendant trois semaines. »

« Ils voulaient que je marche l’équivalent d’un terrain de football six fois par jour pour chercher à manger. Marcher, c’était comme marcher sur mes genoux sur le béton. »

Rodney Taylor, détenu quinze mois dans un centre ICE

à franceinfo

« Deux semaines pour voir une infirmière, deux semaines de plus pour voir un médecin, poursuit-il, pendant ce temps, des gens souffrent et meurent. Ce sont des humains mais ils nous traitent comme du bétail attendant d’être abattu. Enfin, dans ce cas, expulsé. » « Quel pays devenons-nous ? », se demande-t-il. Il assure avoir vu plus de 2 000 personnes être expulsées.

À ses côtés, sa femme Mildred, posture digne, elle a été la tête de proue du mouvement pour sa libération. « J’ai perdu mon emploi, les gens n’aiment pas le militantisme n’est ce pas ? On risque l’expulsion de notre logement tous les mois. » Elle évoque « la dépression, les questions de ses enfants : pourquoi tu as abandonné papa ? » Mais elle a tenu bon, pour tous les autres détenus aussi, dit-elle : « C’était incroyablement difficile, mais c’est en cela que j’ai trouvé de la force. Comment aurais-je pu traverser cela sans aider personne ? »

Aujourd’hui, Rodney Taylor risque toujours l’expulsion. S’il dit vouloir se reconstruire, il adresse son dernier mot aux autres détenus : « Votre tour, votre jour arrivera. »