Le 24 mars dernier, Willie circulait place Castellane, dans le 6e arrondissement de Marseille, lorsque sa moto a été percutée par un automobiliste qui a pris la fuite. Pendant que le chauffard prenait la tangente, Willie retombait sur le pare-brise d’une autre voiture.

Lorsque ce professeur de mécanique automobile dans un CFA s’est réveillé à l’hôpital, victime d’une hémorragie interne, polytraumatisé et amnésique, le chirurgien ne lui a pas dit tout de suite qu’il avait une chance sur trois de retrouver une érection. « Trauma testiculaire, mais aussi une histoire de nerf touché par mes fractures au bassin », détaille le jeune trentenaire aux cinq stagiaires qui lui font face.

Canapé trop haut, lit trop bas

Si l’automobiliste qui l’a percuté s’est finalement rendu au commissariat le lendemain, il n’était alors plus question de dépistage d’alcoolémie ou de stupéfiants… Mais ce n’est de toute façon pas ce qui préoccupe Willie. Après une semaine d’hôpital, puis un séjour d’un mois et dix jours à la clinique Saint-Martin Sud, il sort. Pas très assuré sur ses guiboles, bras et mains pas encore complètement remis de leurs fractures, inquiet de son canapé trop haut, de son lit trop bas, de l’escalier en colimaçon ou de la ratatouille qu’il a promis de confectionner à ses proches le soir même pour fêter son retour, mais il sort. Son sac est prêt et peu importe le temps qu’il lui faudra pour découper les aubergines ou épépiner les poivrons.

Mais avant, il tenait à témoigner, devant les auteurs d’accidents de la route qui ont accepté le stage proposé par le parquet de Marseille, de la vie qui se fracasse en une seconde, puis se suspend parce que tout ce qu’on faisait sans y penser avant, ne s’accomplit plus désormais qu’au prix d’une lutte acharnée. « On passe par des moments de stagnation, voire de régression. Un jour je levais mon pied d’un centimètre, le lendemain, plus du tout. »

« Je fais partie de la tranche très chanceuse »

Willie sort de la clinique, mais devra y revenir en hospitalisation de jour, cinq après-midi par semaine, pendant encore de longues semaines, peut-être des mois. L’espoir chevillé à son corps endolori soutenu par des béquilles, le professeur compte bien retrouver ses élèves à la rentrée de septembre et rêve de reprendre le volley même si, pour l’instant, il ne peut plus sauter et se sert difficilement de ses mains. Prochain défi : parvenir à se pencher suffisamment pour changer tout seul le sac de sa poubelle de 50 litres. À sa volonté de fer, Willie adosse une certitude acquise au contact d’autres patients de la clinique Saint-Martin : « Je fais partie de la tranche très chanceuse. » « Et moi, souffle Gaël, l’un des stagiaires, j’ai eu de la chance de ne percuter que des poteaux… »