Jean-Baptiste Cesbron est avocat à Montpellier, spécialisé dans les dérives sectaires. Il représente les parties civiles de la dernière secte démantelée en France où un gourou se disait l’intermédiaire avec Dieu…

Vous êtes avocat des parties civiles dans l’affaire de la dernière secte démantelée en France, en avril dans les Alpes-de-haute-Provence. Qu’est-il reproché au gourou interpellé ?

C’est une communauté qui s’est regroupée dans les années 90 autour d’un individu devenu une figure charismatique, messianique, disant être en contact direct avec Dieu, dont il se dit l’intermédiaire sur Terre. Tous les devoirs et commandements qu’il imposait à la communauté venaient de Dieu, il se faisait appeler Hami Goël dans leur maison de Bellafaire.

Avec quelles conséquences ?

Il y avait des prescriptions qui concernaient à la fois l’activité financière, sociale, familiale et professionnelle. Il y avait des sanctions qui pouvaient être prises, parfois violentes, puisqu’il enjoignait à certains adeptes d’aller jusqu’à des sévices physiques, comme des gifles, sur les enfants en demandant aux parents de les corriger. Si on désobéissait, si on exprimait le moindre doute sur les propos du gourou et si on n’exerçait pas une espèce d’habitude de délation les uns vis-à-vis des autres, tout ça était susceptible de causer à la fois des colères très fortes et des punitions. Des personnes ont été séquestrées à l’intérieur de la communauté, pendant plusieurs semaines. Et puis il y avait évidemment des sanctions de l’ordre du sacré : des pouvoirs l’autoriseraient à rendre malade certaines personnes ou provoquer des accidents.

Vous évoquez aussi une tentative de suicide.

S’il ne demandait pas expressément, il incitait les adeptes à abandonner ou à ne plus suivre les traitements médicaux. On a eu une personne qui est tombée en grave dépression, avec une tentative de suicide à l’issue.

Quid du ressort financier ?

Les gendarmes ont saisi du numéraire, des pièces d’argent, des lingots d’or. Il y avait une demande régulière d’argent qui était faite auprès des adeptes et un pourcentage du revenu devait être versé. Et s’ajoutaient les séminaires, les conseils. Au final, l’ensemble des personnes sorties de cette communauté sont dans une situation financière précaire. Ces personnes pouvaient avoir un patrimoine conséquent et ont été amenées à vendre leur maison et à vider leur compte au profit du gourou.

Comme dans les P.O, la figure du gourou persiste, y a-t-il une recrudescence en France ?

Non, ça continue et ça a toujours existé. Il n’y en a pas plus. Il faut voir que ces communautés existent depuis des années. Les délais pour réussir à sortir d’une communauté sectaire sont souvent excessivement longs. Des personnes commencent à retrouver une forme de libre-arbitre des années après, et des plaintes et des signalements peuvent alors avoir lieu.

Le Sud de la France semble beaucoup attirer les gourous…

Nous sommes dans des régions assez pratiques dans la mesure où ils sont à quelques kilomètres de frontière de l’Italie ou de l’Espagne, avec la possibilité de se soustraire s’ils sentent que la situation dégénère. Ensuite, systématiquement, ces communautés émergent dans un endroit assez isolé, souvent emprunt d’une forme de mystère ou de spiritualité.

L’époque pèse-t-elle ?

Dans un monde où l’actualité fait que tout va de plus en plus vite, que les frontières sont floues, avec beaucoup d’incertitudes politiques, les gens ont besoin d’avoir des certitudes et une autorité identifiée qui est susceptible de les rassurer. C’est le produit d’appel des communautés sectaires avec des gourous qui ont une forme de charisme, d’autorité naturelle et qui vont imposer leur point de vue et justement rassurer, apporter une voie autre dans laquelle les gens vont pouvoir trouver des réponses.

Qu’a changé la loi de 2024 ?

Cette loi a autonomisé l’abus de faiblesse en matière sectaire, et permis à l’autorité judiciaire d’avoir un article qui soit dédié à cette question. Auparavant, elle était jointe à la notion d’abus de faiblesse, dans un sens beaucoup plus large, qui concernait par exemple les détournements d’héritage ou l’abus de crédulité. Pour l’instant, c’est un peu tôt pour en voir les résultats, mais cette clarification était attendue.