Ils ont gagné ce match (2-0) par habitude plus que par mérite, ont subi 25 tirs, ce qui ne leur arrive jamais, sont devenus officiellement champions de France un 13 mai, une date inhabituellement tardive pour leur domination, et ils ne se sont pas attardés sur la pelouse de Bollaert pour fêter ça : on dirait que les Parisiens avaient autre chose en tête, mercredi soir, à Lens, que ce sommet de Ligue 1 que l’on aurait adoré voir un mois plus tôt, et qui a tenu à moitié ses promesses.

Cette moitié réussie était lensoise, mais la victoire du PSG récompense, forcément, un talent offensif supérieur, ainsi que la soirée magnifique de Matveï Safonov, qui est entré dans le cerveau du trio Sima-Édouard-Saïd. À force de lui tirer dessus, les Lensois auraient pu lui faire mal, mais c’était comme si le Russe était devenu de plus en plus grand, au fil du match, et que le but était devenu de plus en plus petit.

Le PSG n’a pas fait tout ce qu’il fallait pour gagner, et puis il a gagné quand même, parce que le talent sert toujours à quelque chose, surtout face à une équipe lensoise qui aura aussi mal fini ce qu’elle aura remarquablement commencé. Paris est champion de France pour la 12e fois en 14 saisons, et c’était une affaire entendue ; du reste, le suspense théorique et mathématique n’est jamais entré dans le champ de la soirée, ni dans son atmosphère, et le PSG a traversé ce sommet de L1 ainsi qu’il en avait l’intention, en gérant les temps de jeu et en évitant les blessures. Lens aurait mérité de se soustraire pareillement à la malédiction, mais la sortie de Samson Baidoo, à neuf jours de la finale de la Coupe de France contre Nice, a des allures de crève-coeur pour les Lensois et pour le défenseur autrichien, l’une des révélations de la saison.

Il n’y a pas lieu, franchement, de reprocher au PSG ses langueurs, ni d’avoir été ainsi battu dans l’intensité en première période, en allant dans les duels avec des prudences de dentellières, avant de mieux calmer son dauphin par une conservation de balle, ensuite, qui était devenue un acte défensif plutôt qu’une volonté de progression.

Des Parisiens compétiteurs même sans bien jouer

À dix-sept jours de la finale de la Ligue de champions face à Arsenal, à Budapest, il fallait courir pour garder le rythme et ne pas se blesser : les Parisiens ont mieux réussi la deuxième partie du programme, parce qu’ils n’ont pas proposé grand-chose, pour le reste, heureux de marquer par Khvitcha Kvaratskhelia (29e) sur une grosse erreur de Malang Sarr et une passe décisive d’Ousmane Dembélé, et pareillement heureux de finir, toujours contre le cours de la soirée, par un but superbe d’Ibrahim Mbaye (90e + 3). Un vague pressing poussant à une perte de balle évitable, une transition : même dans un soir ordinaire, dans le jeu parisien, certaines choses ne changent jamais.

Mais entre Kvaratskhelia, redevenu un joueur de L1 ordinaire, comme parfois, et Bradley Barcola qui semble rongé par la certitude qu’il est désormais un remplaçant, il ne pouvait pas se passer grand-chose face aux intentions magnifiques des joueurs de Pierre Sage, revenant par vagues. Entre les occasions d’Abdallah Sima (20e, 46e, 54e), Wesley Saïd (36e, 45e + 2), Allan Saint-Maximin (73e), Mamadou Sangaré (80e) et le tir sur le poteau de Sima (74e), le vice-champion de France a montré une magnifique image de lui-même, et des raisons d’espérer que l’histoire se termine bien, le 22 mai, au Stade de France.

La force des Parisiens, dans ce contexte festif mais déshabillé de tension, aura été d’être des compétiteurs même sans bien jouer, même en subissant la domination de leur adversaire dans des proportions rarement constatées, cette saison. Ils sont champions de France, et s’il est l’heure de rendre hommage à ces jeunes têtes à nouveau couronnées, au bout d’une saison où Lens et Pierre Sage ont proposé une résistance exceptionnelle, ce titre est aussi l’histoire d’un train qui arrive à l’heure. La finale de la Ligue des champions, c’est autre chose. C’est l’Histoire en marche.