À rebours des canons d’un rugby moderne toujours plus axé sur la possession, le MHR construit ses succès autour d’une « attaque sans ballon » oppressante, et de sa capacité à ne laisser aucun ballon facile à ses adversaires.
Il y en a toujours un. Un vilain petit canard, un mouton noir. Une de ces brebis galeuses qui refuse les effets de mode et s’inscrit en opposition, parfois par posture, parfois par conviction. En l’espèce ? Dans un Top 14 qui ne cesse d’évoluer vers des standards internationaux, entendez par là un rugby plus « positif », il existe encore des irréductibles. Des résistants, des insoumis, capables de refuser tous les carcans imposés par la tendance du moment. Faut-il s’étonner que, depuis deux ans et cette saison plus encore, ce soit le MHR qui ait endossé cet habit-là ? Non, cent fois non. Parce qu’à l’origine de cette conduite, il y a une genèse. Celle d’une victoire tirée par les cheveux en access-match contre Grenoble au mois de juin 2024 (18-20), fruit d’une pénalité très généreusement accordée par M. Trainini, que Louis Carbonel ne se fit pas prier de transformer pour maintenir les Cistes en élite, deux ans à peine après avoir soulevé le Bouclier de Brennus. De quoi sentir le vent du boulet souffler assez fort pour provoquer une révolution, et un retour à l’identité profonde du MHR…
Exit donc Patrice Collazo et son staff (Christian Labit, Vincent Etcheto) aux airs de « Suicide Squad » improvisé par Bernard Laporte après l’éviction de Philippe Saint-André, et retour à l’identité profonde du club, avec des enfants du sérail. Welcome au nouveau boss Joan Caudullo, accompagné des Geoffrey Doumayrou, Didier Bès, Benoît Paillaugue, Jérémy Valls, Antoine Battut, ou autres Gaëlle Mignot. Soit autant de gueules et de visages emblématiques du rugby montpelliérain, rapidement raccords avec le projet à bâtir pour redonner ses lettres de noblesse à leur club.
De la conquête au moindre ruck, une mise sous pression permanente de l’adversaire
Pour cela ? Caudullo et son staff n’ont cherché rien d’autre que de retrouver les recettes qui avaient mené leur club au succès, que ce soit pour sa première finale sous l’ère Galthié (2011) ou lors de son titre en 2022. À savoir, une capacité à presser et à mettre son adversaire sous l’étouffoir, « à la sud-africaine ». À ce titre, à Montpellier, l’entraîneur Geoffrey Doumayrou ne parle pas de défense mais d’ »attaque sans ballon », dans une subtilité sémantique qui fait sens. « J’aime l’agressivité de la rush defense, c’est le meilleur moyen de récupérer des ballons, expliquait l’ancien centre dans nos colonnes en début d’année. Tu peux forcer de mauvaises passes, empêcher de bien capter le ballon, être en avance sur les soutiens offensifs. Il y a des choses à faire pour éviter de défendre pendant quinze temps de jeu. Si tu attends le bon ruck, tu peux y passer la soirée. »
Voilà pourquoi la première marque de fabrique du MHR est de chercher à provoquer les erreurs de ses adversaires. Dans les couloirs où les Héraultais conter-ruckent dès qu’ils en ont, au centre du terrain où Aurélien Bécognée fait régner la terreur dans les rucks en punissant le moindre retard de soutien mais aussi en touche (22 % de ballons volés) et en mêlée (23 % de mêlées défensives gagnées) qui est la première plate-forme de leur défense, cherchant à ne laisser aucun ballon facile à l’adversaire.
L’autre preuve résidant dans l’utilisation de son jeu au pied où, s’ils frappent peu et plutôt court (seule équipe du Top 14 avec moins de 30 mètres gagnés en moyenne par jeu au pied), les Héraultais n’ont pas leurs pareils pour imposer de la pression, ainsi qu’en témoigne cette statistique de 3,9 ballons contestés par match pour 4 ballons tapés selon AIA Sports, soit le meilleur ratio de l’élite (97%). Autant de détails qui participent à faire du MHR la meilleure défense du championnat, avec seulement 511 points et 59 essais encaissés. Un paradoxe, sachant que le MHR se situe à peine dans la moyenne en termes de pourcentage de plaquages réussis ou de plaquages actifs ? Même pas. Le MHR a, en vertu de son système de « rush defense », accepté de manquer des plaquages, dans la mesure où il met sous pression l’adversaire et l’oblige à rebondir vers l’intérieur du terrain, là où il souhaite l’emmener. Ce qui leur réussit plutôt bien pour le moment…