Par

Julian Doubax

Publié le

15 mai 2026 à 6h32

« Nous nous sentons tellement démunis », glisse Mathilde ce lundi 11 mai 2026. Valentine, sa petite sœur, est en situation de handicap. La femme de 25 ans présente une déficience intellectuelle. Dès son plus jeune âge, elle a intégré des instituts médico-éducatifs (IME) car l’Éducation nationale ne pouvait pas répondre à ses besoins. Mais depuis plus d’un an, la Girondine se retrouve sans structure spécialisée pour l’accueillir. Sa famille s’est tournée vers les tribunaux et a obtenu une petite victoire pour la placer dans un foyer occupationnel. Une décision contestée par… l’organisme d’accueil.

Un parcours stable

Depuis sa naissance, Valentine souffre de cette déficience dont l’origine n’est pas identifiée. « Elle a un retard dans l’apprentissage. Au niveau psychologique, c’est comme si elle était restée une petite fille. Par contre, elle a beaucoup de conversations », confie sa grande sœur.

Elle a donc grandi dans les IME de Pian-Médoc et Saint-Laurent-du-Médoc. « Tout s’est parfaitement déroulé. Elle a pu développer son autonomie et avoir une vie sociale tout en ayant un bon suivi. »

En 2022, la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) oriente Valentine vers un foyer occupationnel (FO). Cet établissement accueille des adultes en situation de handicap et qui ont une certaine autonomie. « Elle a d’abord été reçue temporairement dans deux lieux. »

Ce n’est que début 2025 qu’une place se libère à Lège. Elle est attribuée à Valentine puis retirée quelques jours plus tard par la directrice du site. « Elle a prétexté un manque d’enthousiasme de mes parents alors qu’ils avaient demandé un rendez-vous et les documents d’admission », rapporte l’aînée âgée de 27 ans.

Une rupture soudaine

Les galères débutent pour la famille qui réside à Sainte-Hélène. L’IME prend ses dispositions pour recevoir une autre personne. La MDPH acte la fin de la prise en charge de Valentine. Elle se retrouve donc sans structure malgré l’amendement Creton.

Cette mesure permet le maintien dans un établissement pour enfants handicapés de jeunes adultes ayant atteint l’âge limite, en attente d’une place en structure pour adultes. Une rupture brutale pour la jeune femme.

« La sortir du circuit a forcément eu un effet néfaste. Elle s’est retrouvée isolée et n’avait plus le goût de vivre. Elle ne mangeait plus et a perdu beaucoup de poids », souffle Mathilde. Une situation qui impacte également le quotidien de la famille.

« Valentine ne peut pas rester seule. Mon père est donc passé à mi-temps dans son travail pour s’occuper d’elle. Il alterne avec ma mère et des auxiliaires de vie viennent également à la maison. »

Des démarches au tribunal

Les parents de Valentine tentent le tout pour le tout. Ils déposent un recours gracieux pour contester la décision de la MDPH. Cette réclamation demande la réintégration de la jeune femme dans une IME ou son admission dans un FO.

Le service administratif continue de refuser. La famille s’oriente vers les tribunaux en décembre dernier. « Auprès d’un médecin expert, ma sœur a exprimé son souhait d’intégrer le foyer occupationnel de Mérignac. »

Et le 21 janvier, le jugement tombe. Le tribunal judiciaire de Bordeaux ordonne l’admission de Valentine au sein de l’établissement mérignacais. « Elle était joyeuse. Elle criait : j’ai gagné », se remémore Mathilde. Une joie de courte durée.

Un bras de fer juridique

La directrice du FO conteste le choix du tribunal. « Une première décision a été favorable pour la famille mais l’établissement qui devait l’accueillir a refusé. Une nouvelle action a été faite par le FO pour neutraliser le jugement obtenu », explique Simon Parier, avocat de la famille.

« C’est choquant de voir des institutions ne pas respecter des décisions de justice », râle Mathilde. Le site estime qu’il aurait dû être appelé à se prononcer lors du premier jugement. D’après la famille, il craindrait également « un danger envers les autres résidents ». 

Désormais, un bras de fer est engagé entre les deux camps avec une nouvelle audience prévue à la fin juin. Contacté par actu Bordeaux, le foyer de Mérignac indique qu’il ne formulera « aucun commentaire à ce sujet ». 

La famille espère obtenir gain de cause pour que Valentine retrouve enfin une structure adaptée. « Nous sommes dans l’incapacité de lui offrir un environnement social dont elle a un besoin vital. » 

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.