« On rencontre vraiment toutes formes de gens ici ! » Le public, au festival de Tomblaine, ce n’est pas un sujet, il est acquis. Soir après soir sur toute la semaine, les spectacles font salle comble, et la foule se masse aux portes de l’espace Jean-Jaurès au moins une heure avant le lever de rideau. Et ce, dans un étonnant brassage, si ce n’est d’âge (beaucoup de retraités), du moins d’origines socioculturelles.

Marie Mansuy et Véronique Spannagel viennent ce soir-là en amies. Et en habituées du festival Aux Actes Citoyens. « Quinze ans que je viens ici, à raison d’au moins deux ou trois spectacles à chaque édition », détaille Marie, Nancéienne, amoureuse « du théâtre de qualité ». De celles et ceux qu’on trouve en général plutôt dans les fauteuils d’une Scène Nationale. « Mais ici, c’est vraiment populaire ! »

Et voilà le mot lâché d’emblée… « Populaire ». Mot que revendiquent depuis toujours les programmateurs étroitement associés à la municipalité de gauche. Le socialiste Hervé Féron en est même le directeur artistique depuis plus de 20 ans, sa femme Agnès y est présidente.

Populaire, le rendez-vous l’est plus que jamais ce soir-là. Grâce à l’animation En voiture Simone , qui permet à des habitants vieillissants de la commune d’être véhiculés jusqu’au tapis rouge du festival dans des voitures de collection. Avec chauffeur ! Directement du HLM au théâtre, en passant par la Cadillac !

« Et sur scène aussi, c’est d’une grande diversité », reprend Marie. « L’an passé, j’y ai vu un ballet, puis du théâtre avec flamenco, et enfin le concert de Christophe Malavoy ! » Cette année, ses yeux brillent au souvenir de Pietragalla reprenant Barbara, « et on a revu Douze hommes en colère , mis en scène par Tordjman. Je l’avais déjà vu à Paris, et le voilà qui se donne ici ! »

« Des moments inoubliables à des tarifs incomparables »

La comparaison avec Paris revient souvent dans le propos des festivaliers non sans une pointe de fierté. « Parce qu’on voit ici ce qu’on pourrait voir à Paris pour bien plus cher », poursuit Marie, soudain hissée à hauteur de capitale. « Des pièces aussi qu’on avait parfois déjà vues à Avignon, où j’ai d’ailleurs rencontré Monsieur le maire. Jamais je n’aurais cru qu’il pourrait les décrocher ! »

Martine et Christian Geley, eux, sont de Malzéville, banlieue voisine tout aussi populaire.

Une adepte, Martine. Presque une addict. « Trente ans de festival, et je n’ai jamais été déçue ! Et ça, quel que soit le genre. Je dis souvent : mieux, ce serait indécent ! » Et de partir dans un grand éclat de rire.

Mais il y a une autre raison à son exceptionnelle fidélité : « Le sentiment de proximité. » « On le doit à une armée de bénévoles qui se plient en quatre », salue Christian. « Des gens comme nous, des gens du coin. Et ça transforme même les artistes, qui du coup se font souvent très accessibles. Résultat, on peut échanger avec eux, et vivre des moments inoubliables. Tout ça à des tarifs incomparables. » Soit 17 € prix de base, 20 € pour chacune des deux soirées de gala. Pour peu qu’on réussisse à trouver un billet…

Ce qui n’est pas un détail. Certains ont mis au point de véritables stratégies à cet escient. Marie, qui ne pouvait arriver à temps à la soirée de présentation du programme, a « même appelé depuis la voiture pour être sûre d’avoir des places de côté pour le festival. » Martine, elle, n’en manque pas une, et « j’en prends à chaque fois le soir même pour une dizaine d’amis. Je repars avec entre 700 et 1 000 € de billets sur moi ! »

« Il y a de quoi attirer aussi des jeunes ici »

Elif Cigdem, elle, s’est au contraire complètement laissée surprendre.

À 19 ans, l’étudiante tomblainoise n’est venue ce soir, avec sa maman Nurgul et leur amie Fadime, que pour assister au défilé de belles voitures. « Je n’ai pas réussi à avoir de place pour Marius , mis en scène par Daguerre. Je ne savais pas qu’il fallait prévoir si tôt. » Et si elle a réussi, la veille, à voir 12 Hommes en Colère , « c’est parce que quelqu’un s’était désisté, je suis arrivée au bon moment. Et c’était incroyable ! »

Elle le connaît bien, le festival. Enfant et ado, Elif y a même joué dans le cadre de représentations données l’après-midi par les établissements scolaires. « Et ce que je trouve formidable, c’est qu’un tel événement se fasse dans notre petite ville, et même juste à côté de chez moi. » En revanche, elle s’étonne que « beaucoup ne connaissent pas. Je vais souvent à la Manufacture avec des amis étudiants, et ils n’en ont même jamais entendu parler. Or, d’après moi, il y aurait de quoi attirer aussi plein de jeunes ici. » Sous condition, bien sûr, de s’organiser pour mettre la main sur une place !