Par
Matéo Lhernault
Publié le
15 mai 2026 à 6h50
Le 25 mai 2023, un contrôle routier par une patrouille d’une brigade de police de Rouen arrête un chauffeur. Il est contrôlé positif au cannabis, à l’héroïne et à la cocaïne. Le premier pion d’un vaste trafic de drogue venait de tomber. Ce mardi 12 mai 2026, trois ans plus tard, six prévenus étaient convoqués au tribunal correctionnel de Rouen, pour des faits allant du blanchiment d’argent au trafic de stupéfiants en passant par la détention d’armes de guerre, type AK-47.
Un banal contrôle routier
Le chauffard ayant visiblement un accès facilité à la drogue, en plus d’un casier judiciaire, une perquisition est menée à son domicile. Les forces de l’ordre retrouveront plusieurs kilos de résine de cannabis, de la cocaïne et de l’héroïne et 4 500 euros en liquide. En prime, deux armes de guerre de type kalachnikov sont saisies par la police, assorties de leurs munitions. Avec autant d’éléments, le seul chauffard ne pouvait agir seul. C’est pour cette raison qu’une information judiciaire a été ouverte, afin « d’essayer de connaitre les personnes pour qui il [le chauffard] travaillait », selon les mots du procureur de la République.
Ayant mis la main sur le téléphone du chauffard, dont le contenu a été documenté sur 57 pages de procès verbal, les autorités ont pu identifier plusieurs membres, tous connus des services de police, d’un trafic de drogues. Les conversations se passent généralement sur le réseau social Snapchat, où les autorités voient passer de la drogue, des armes de poing en photo, et des conversations. Toutes les communications mènent à un même homme, qui a visiblement plusieurs surnoms, mais n’en assume qu’un devant le tribunal : « Tino ».
Des petites mains du trafic de drogues
Avec lui, deux revendeurs sont identifiés en plus d’un blanchisseur passant notamment par une société d’achat/revente de voitures pour faire passer les fonds illicites pour de l’argent propre. L’ex-femme du trafiquant, était elle aussi impliquée dans les opérations de blanchiment, en plus de mener grand train de vie par l’argent du trafic. Une perquisition à son domicile faisait état de plusieurs sacs, montres et divers objets de luxe dénotant avec ses ressources déclarées.
Le chauffard, lui, avait un rôle plus satellitaire dans le système. Il avait connu Tino dans les quartiers dans lesquels ils avaient vécus et avait contracté une dette auprès de lui, ce qui en faisait la main d’œuvre idéale pour les basses besognes : stockage de marchandise à son domicile, menacer de mort untel, transporter la marchandise etc. À l’audience, il déclarait :
J’étais en mode pilote automatique. On me demandait de faire des choses et j’exécutais.
Un des prévenus
Un trafic mené depuis une cellule
À la barre, « Tino », qui purge actuellement une peine de neuf ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants, a bien tenté de minimiser les faits qui lui étaient reprochés, notamment la violence : « Je n’ai jamais eu de problème de violence. Je suis connu pour trafic de cocaïne, de cannabis mais dans mes précédentes affaires, je n’ai pas eu de problème de violence. ». Le procureur n’a pas manqué de rappeler au prévenu cette communication interceptée : » ‘Ce fils de pute il va voir quelqu’un qui va le bruler. Il faut les fracasser pour qu’ils comprennent.’ Ce sont bien vos propos, mais à part ça vous voulez nous faire croire que vous n’êtes pas menaçant ? ».
Aussi, celui qui gérait son trafic de stupéfiants depuis sa cellule et pendant ses permissions de sortie a contesté les faits de trafic d’héroïne : « Je suis connu pour le trafic de cannabis et de cocaïne, des personnes ont pu entrer en communication avec moi mais il n’y a pas eu de transaction. ».
« De qui se moque-t-on ? »
Lors de son réquisitoire, le procureur de la République a mis l’accent sur la gravité des faits : « On a des dizaines et des dizaines de communications qui les incriminent, et on ne parle pas de grammes, mais de kilogrammes ! De qui se moque-t-on ?! À côté de ça on a ces photos d’armes de poing qui nous montrent non pas des petits dealers mais des trafiquants aguerris. ». Et de poursuivre sa logique : « Ces photos nous montrent que ce qu’ils nous ont déclaré n’a servi à rien et je demanderai de les déclarer coupables de l’ensemble des faits qui leur sont reprochés. ».
Alors que le procureur a requis des peines allant de 18 mois d’emprisonnement avec sursis à 9 ans d’emprisonnement pour le chef du trafic, le délibéré de l’audience rapporte une peine de 7 ans d’emprisonnement pour ce dernier, de 4 ans pour le chauffard, ou encore de 30 mois d’emprisonnement pour l’un des revendeurs, le deuxième sera condamné à 12 mois d’emprisonnement avec aménagement de peine sous bracelet électronique. Le blanchisseur a été condamné à 18 mois d’emprisonnement avec sursis. Enfin, l’ex-femme de « Tino » a été condamnée pour « Non justification de ressources » à 6 mois d’emprisonnement avec aménagement de peine sous bracelet électronique.
Ces peines sont susceptibles d’appel. Tout justiciable demeure présumé innocent tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.
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