Au fil des 124 pages de ce document en forme de contre-argumentaire, le groupe public critique à la fois le climat des auditions menées durant plusieurs mois et les recommandations formulées par le député ciottiste.
Quand on l’attaque, l’empire audiovisuel contre-attaque. Un peu plus d’une semaine après la publication du rapport de la commission d’enquête sur «la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public», France Télévisions a décidé d’y répondre point par point, justifiant sa démarche par «un souci de transparence et par respect pour ses salariés». Dans ce document d’une centaine de pages, mis en ligne sur son site mercredi, le groupe public donne sa version des faits sur le déroulement des auditions de la commission, et s’en prend à son rapporteur, le député UDR Charles Alloncle. Sans surprise, les propositions de réformes formulées par l’élu ciottiste sont massivement rejetées par France Télévisions, qui contre-argumente les principales d’entre elles.
Dans la guerre de tranchées qui oppose Charles Alloncle à France Télévisions, le groupe audiovisuel a trouvé un allié de poids en la personne de Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d’enquête. Le député Horizons n’a pas hésité à pointer, pêle-mêle, «la recherche de notoriété» du rapporteur, accusé «de jeter (…), le discrédit et d’une certaine manière l’opprobre sur l’audiovisuel public», mais également les «nombreux incidents » pendant les auditions et «des propos mensongers voire diffamatoires» qui y ont été tenus. Du petit-lait pour l’entreprise dirigée par Delphine Ernotte, qui reprend tous ces griefs dans l’introduction de son document. En point d’orgue, elle cite ce constat lapidaire de Jérémie Patrier-Leitus : «Personne parmi les 234 personnes auditionnées, y compris les plus critiques, n’a appelé à la privatisation de l’audiovisuel public auquel les Français demeurent attachés et qu’il nous faut défendre».
Les jeux et divertissements parmi les «programmes les plus populaires»
Dans un deuxième temps, France Télévisions balaie une partie des 80 propositions émises par Charles Alloncle dans son rapport. Parmi lesquelles l’idée de fusionner plusieurs chaînes de télévision et de radio afin de faire des économies. «Il y a sur le service public une centaine de chaînes et beaucoup de rediffusions. Ce n’est pas optimal», justifiait le député UDR, critiquant au passage la place importante donnée aux jeux. Il préconise ainsi de rassembler France 2 et France 5 pour créer une grande chaîne généraliste. «Penser que la quasi-disparition des jeux et divertissements sur la grille de France 2 laisserait une place suffisante pour accueillir toute la richesse de l’offre de France 5 (…) est une erreur», répond France Télévisions. En outre, «cette décision affaiblirait également l’ensemble de la filière audiovisuelle et des nombreux producteurs indépendants», alerte le groupe. Sur l’option de fusionner Franceinfo et France 24, ainsi que les réseaux France 3 Régions et ICI (ex-France Bleu), France Télévisions souligne que «de nombreuses avancées» ont déjà été réalisées dans la mutualisation des moyens.
Toujours dans un souci de diminuer les dépenses du groupe de télévision, Charles Alloncle propose également, dans son rapport, de «réduire de trois quarts le budget des jeux et divertissements afin de réaliser 122,1 millions d’euros d’économies par an» . Pour l’entreprise dirigée par Delphine Ernotte, ce projet «entrerait en contradiction avec la mission de service public de France Télévisions de toucher tous les publics et toutes les familles». Il faudrait donc que l’État «fasse évoluer ces missions», ajoute-t-elle. Autre argument avancé par l’audiovisuel public, «l’offre de jeux et de divertissements du Groupe fait partie des programmes les plus populaires». Ces points sont également avancés pour rejeter l’idée de réduire d’un tiers le budget des sports, censé rapporter 50 millions d’euros, comme le demande Charles Alloncle. De plus, ce choix «aboutirait soit à la disparition de certains événements majeurs sur les antennes du groupe (ex : Roland Garros, le Tour de France, les Jeux olympiques et paralympiques), soit à la contraction drastique de l’offre autour de ces seuls grands événements.»
«Débats pluralistes»
Enfin dans un troisième temps, France Télévisions répond aux différentes accusations formulées par le rapporteur de la commission d’enquête. Le groupe audiovisuel public nie en particulier être partial dans son traitement de l’information ou dans le choix de ses intervenants. Il souligne ainsi «la certification, par des labels indépendants exigeants, de ses process éditoriaux». Mais également «l’offre de débats pluralistes qui font intervenir quotidiennement des personnalités politiques de tous bords mais également des journalistes de tous titres de presse, représentant une diversité de lignes éditoriales (Le Point, Le Figaro, Libération, etc.)».
De ce fait, l’idée émise par le rapporteur de changer à nouveau le processus de nomination du président-directeur général de France Télévisions et celui de Radio France pour redonner ce pouvoir au président de la République est vue comme contre-productive. Laisser la main à l’Arcom, le gendarme de l’audiovisuel, «apparaît être une garantie importante de cette indépendance», souligne le groupe. Plus largement, au long de ses 124 pages, ce document n’hésite pas à estimer «fausses» plusieurs affirmations avancées par Charles Alloncle. Reste à savoir si ce dernier va choisir à son tour de répondre…