Batman qui cambriole la Fnac de Strasbourg ? C’est en tout cas le scénario imaginé par l’auteur de BD Nicolas Leurent. Dans une série publiée sur son compte Instagram, les aventures de Batman et de ses potes strasbourgeois(es) ont rencontré un énorme succès. Nous avons rencontré son auteur.

C’est l’histoire d’un braquage qui a fait grand bruit à Strasbourg. La Fnac, pillée grâce à une subtile faille de sécurité. Heureusement pour le géant français de la culture, ce petit larcin ne risque pas de le mettre sur la paille. Ce pillage, digne de La Casa de papel, est totalement fictif. Ouf ! Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, actionnaire principal, peut dormir sur ses deux oreilles.

Depuis le 3 avril dernier, Nicolas Leurent met en scène son personnage, qu’il appelle Batman, en train de monter un plan pour cambrioler le magasin installé dans le centre commercial La Maison Rouge, sur la place Kléber. Chaque semaine, un nouvel épisode suit l’anti-héros et ses potes dans leur quête. 

Fnac © Jules Scheuer / Pokaa

Les aventures de ce Batman, dont le physique tranche avec celui stéréotypé des comics, cumulent des dizaines de milliers de likes. Un succès retentissant pour son auteur que nous avons rencontré.

Une réaction sans tarder de la FNAC

Parmi les ingrédients qui ont contribué au succès de cette BD, on peut citer la réalité dans laquelle elle s’inscrit. Tout le scénario s’appuie sur des photos de la Fnac et sur une faille de sécurité bien réelle. « Il y a une vraie faille. Je trouvais ça marrant parce que je me dis qu’on peut vraiment le faire, j’en suis convaincu », s’amuse Nicolas.

Selon lui, le trou entourant les différents escaliers automatiques permettrait de lancer n’importe quel objet depuis les étages, sans qu’aucun(e) agent de sécurité ne puisse le remarquer. Un plan assez loufoque sur le papier, qui n’a pourtant pas manqué de faire réagir la Fnac. 

Batman braquage FNAC

Batman braquage FNAC

1. © Nicolas Leurent / Document remis ; 2. © Jules Scheuer / Pokaa

Ce fameux « trou » cité dans la BD a été condamné ces dernières semaines. « Je suis sûr à 99,9% que c’est à cause de moi, parce qu’il n’y a aucune raison de mettre ces barrières à cet endroit. Ils les ont installés du jour au lendemain », analyse l’artiste.

Je suis vraiment contre l’IA générative, je déteste ça.

Nicolas Leurent, auteur de BD

Si le casse est presque parfait, que fait Batman à la Fnac de Strasbourg ? « La vérité c’est que c’est moi le vrai Batman et les Américains m’ont totalement plagié mon truc et en ont fait un truc capitaliste », explique Nicolas, hilare.

Au-delà de la vanne, le Strasbourgeois a connu un énorme succès avec ses cases. « J’ai discuté avec une maison d’édition et c’est possible qu’un projet se concrétise. À priori, c’est bien parti pour que j’adapte les aventures de Batman en BD », confie l’artiste.

Batman braquage FNAC © Nicolas Leurent / Document remis

Un succès qui interroge sur la place qu’occupent désormais les réseaux sociaux dans les carrières des jeunes auteurs/rices de BD. « Avec les réseaux sociaux, tu es toujours en quête de légitimité. Mais c’est aussi une nouvelle voie qui s’ouvre. Avant tu avais besoin de séduire des éditeurs, maintenant c’est l’inverse, tu peux construire ta fame toi-même. »

Des auteurs/rices de plus en plus précarisé(e)s

Le côté négatif de ces nouvelles opportunités, « c’est que t’essayes toujours de séduire le plus grand nombre et ça peut un peu aspirer ton âme. C’est un peu la mort artistique d’essayer de plaire à quelqu’un. Mais je préfère quand même un monde où tu as cette possibilité aussi de réussir en partant des réseaux », analyse Nicolas. 

Car dans l’univers de la BD, vivre de son art n’a rien de facile. Selon une enquête des États généraux de la bande dessinée, plus de la moitié des professionnel(le)s déclarent des revenus inférieurs au SMIC annuel brut, et une part significative se situe en dessous du seuil de pauvreté.

Batman braquage FNAC © Nicolas Leurent / Document remis

« Aujourd’hui, je compte sur le RSA. Je ne vis pas encore de ma pratique pour l’instant. Si j’étais édité, ça me permettrait d’en vivre. C’est trop chiant d’avoir cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. »

L’auteur de BD dénonce « une romantisation de la précarité de l’artiste. Tu as cette espèce de fantasme de l’artiste précaire qui réussit grâce à son génie. J’ai de la famille, des amis qui m’aident, j’ai un filet de sécurité. Mais c’est un privilège, c’est pour ça que tu n’as presque que des profils comme le mien dans l’art. »

« Tu es la mairie de Strasbourg, tu payes un artiste »

Parmi les autres inquiétudes des professionnel(le)s du secteur, « 70 % estiment que l’intelligence artificielle générative représente une menace directe » selon l’enquête. « Par rapport à l’IA générative, je suis vraiment réactionnaire. Je suis vraiment contre l’IA générative, je déteste ça », s’amuse Nicolas. 

Batman braquage FNAC

Batman braquage FNAC

Batman braquage FNAC

Batman braquage FNAC

© Nicolas Leurent / Documents remis

La réalisation de l’affiche du carnaval de Strasbourg par une intelligence artificielle l’a d’ailleurs fait réagir. « Tu es la mairie de Strasbourg, tu payes un artiste. Ça reste une somme risible à leur échelle. Et puis c’est surtout symbolique », assène-t-il.

Concernant la suite de sa BD sur son braquage, « l’arc Fnac sera fini dans le prochain post ». L’artiste, engagé, voit son Batman aborder de nouvelles thématiques dans ses prochaines aventures. « J’ai envie de parler de trucs vraiment pertinents. J’ai envie d’être plus subversif, un peu politisé. Je préfère polariser que d’être consensuel. »

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