- En juillet 2024, le travailliste Keir Starmer arrivait à Downing Street.
- Il promettait de « rétablir la stabilité » au Royaume-Uni, après une valse de Premiers ministres conservateurs.
- Mais depuis des mois, les appels à sa démission se multiplient, notamment dans son propre camp.
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Royaume-Uni : les travaillistes de retour au pouvoir après 14 ans de règne conservateur
Si Keir Starmer est toujours à Downing Street, l’ex-avocat de 63 ans est sur la sellette. Une semaine après les élections locales britanniques, désastreuses pour le Labour, le Premier ministre travailliste a répété qu’il n’avait pas l’intention de démissionner. Il « continue à gouverner », a-t-il martelé, avant de préciser que la procédure ouvrant la course à sa succession « n’a pas été lancée ». Cependant, plusieurs de ses rivaux potentiels ont franchi des étapes importantes pour pouvoir le défier, notamment dans son propre camp. On fait le point.
Des élections locales catastrophiques pour le Parti travailliste
À la suite des élections locales organisées le 7 mai dernier au Royaume-Uni, Keir Starmer ne pouvait que constater sa défaite, après 22 mois passés au pouvoir, et celle du Parti travailliste. En effet, les résultats finaux ont montré que le Labour avait perdu 1.498 sièges locaux, sur les 2.566 en jeu en Angleterre qu’il détenait, ainsi que trois sièges au Parlement écossais. Malgré cet échec, dans un discours tenu lundi 11 mai, Keir Starmer a promis à ses détracteurs de leur prouver « qu’ils ont tort ».
Dès les premiers décomptes, le 8 mai, le Parti travailliste essuyait déjà la perte de centaines de sièges, ainsi que le contrôle de plusieurs municipalités symboliques (Hartlepool, l’une des villes les plus défavorisées du nord-est de l’Angleterre, et Tameside, bastion historique du parti dans le nord-ouest du pays). En Angleterre, le grand vainqueur du scrutin a été Reform UK, de Nigel Farage, qui a remporté plus de 1.400 sièges et le contrôle de 14 conseils. Cette montée en puissance du parti populiste anti-immigration, que Keir Starmer avait tenté de devancer en proposant une politique migratoire plus restrictive. Comme le Parti travailliste, les conservateurs ont également perdu l’intérêt des Anglais. Reform UK, les Verts et les Libéraux-démocrates ont le vent en poupe, ce qui illustre la recomposition d’un paysage politique de plus en plus fragmenté.
Tout comme en Angleterre, le parti de Keir Starmer a connu une défaite sans précédent au pays de Galles, perdant pour la première fois de son histoire sa domination galloise. C’est encore le parti de Nigel Farage qui s’est imposé comme une force montante, tandis que les Verts sont entrés pour la première fois au Parlement gallois. En Écosse, le Parti national écossais (SNP) a conservé son pouvoir pour un cinquième mandat consécutif, mais le Parlement reste fragmenté, alors que les travaillistes et Reform UK sont arrivés à égalité à la seconde place, avec 17 sièges chacun.
Keir Starmer bousculé dans son propre camp
La réponse de Keir Starmer à la défaite électorale et le programme législatif présenté lors du discours du Roi, mercredi 13 mai, – notamment un renforcement des relations avec l’Union européenne (UE) ou encore le maintien de l’engagement britannique au sein de l’Otan – n’ont pas réussi à convaincre. En effet, près d’un quart des députés de sa majorité (86 sur 403) ont demandé son départ, après la démission de quatre secrétaires d’État et celle du ministre de la Santé, considéré comme le principal rival du Premier ministre, Wes Streeting, ce jeudi 14 mai. « Là où nous avons besoin de vision, il y a un vide », a martelé l’ex-ministre de la Santé dans sa lettre de démission, ajoutant avoir « perdu confiance dans le leadership » de son Premier ministre.
Déjà en lutte pour sa survie politique à la suite des élections locales dévastatrices pour le Labour, Keir Starmer doit désormais affronter le retour d’autres figures travaillistes dans le jeu. Notamment Angela Rayner, ancienne numéro 2 du Premier ministre britannique. Très populaire à la gauche du parti, elle a annoncé, ce jeudi, avoir été « blanchie de tout acte répréhensible » dans une affaire fiscale qui avait mené à sa démission en septembre dernier. « J’ai été claire sur le fait que je n’allais pas défier le Premier ministre », assurait-elle cependant dans les colonnes du Guardian (nouvelle fenêtre), appelant toutefois Keir Starmer à « réfléchir » à l’éventualité de se retirer.
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Le populaire maire du Grand Manchester, Andy Burnham, est également sur les rangs pour défier le Premier ministre. Mais il doit tout d’abord être élu député à Westminster, lors d’une législative partielle, avant d’être autorisé à participer à un vote pour élire le nouveau chef du Labour. Jeudi 14 mai, un député du Grand Manchester annonçait renoncer à son siège pour lui ouvrir la voie. Une initiative qui a motivé Andy Burnham, qui déclarait dans la foulée, sur X, vouloir concourir à l’élection partielle. Cependant, il doit d’abord être formellement investi par son parti. Pour rappel, en janvier dernier, le Comité exécutif national (NEC) du Parti travailliste avait imposé un véto à sa candidature. Pour déclencher une élection interne, tout candidat doit obtenir le soutien de 81 députés travaillistes, soit 20% des effectifs du Labour au Parlement.
Coup dur supplémentaire pour Keir Starmer : les syndicats affiliés au Parti travailliste lui ont retiré leur soutien. « Le Labour ne peut pas continuer sur cette voie », ont-ils expliqué sur X, appelant à « mettre en place un plan pour l’élection d’un nouveau dirigeant ». Face à cette vague d’appels à la démission, plus de 110 députés du Labour ont apporté leur soutien à Keir Starmer dans une lettre, estimant que « ce n’était pas le moment d’engager une procédure de contestation de la direction du parti ». Le ministre de la Défense, John Healey, a notamment appelé à « concentrer les efforts sur les défis économiques et sécuritaires ».
La dette britannique à son plus haut depuis 2008
Les attentes étaient grandes envers le dirigeant travailliste, dans un Royaume-Uni confronté à une économie atone, une hausse du coût de la vie et des services publics, notamment de santé, éreintés par des années d’austérité. Et ce vendredi, le taux d’intérêt des emprunts d’État britanniques à dix ans a atteint son niveau le plus haut depuis la crise financière de 2008.
Le conflit au Moyen-Orient a également ravivé les tensions inflationnistes outre-Manche. La hausse des prix des hydrocarbures, liée notamment aux perturbations dans le détroit d’Ormuz, a porté l’inflation à 3,3% en mars sur un an. Fin avril, la Banque d’Angleterre évoquait un scénario dans lequel l’inflation pourrait, dans le pire des cas, atteindre 6,2% au premier trimestre 2027. Un niveau inédit depuis la période de la crise sanitaire.
De bonnes nouvelles malgré tout
Cependant, le travailliste pourrait bénéficier d’un peu de répit. En effet, ce jeudi 14 mai, l’Office national des statistiques (ONS) a indiqué que l’économie britannique avait progressé de 0,6% au premier trimestre. Un niveau nettement supérieur à celui de la France (+0,0%), de l’Italie (+0,2%) ou de l’Allemagne (+ 0,3%). Pour le seul mois de mars, marqué par le début de la guerre au Moyen-Orient, la croissance s’est élevée à 0,3%. De plus, la hausse du produit intérieur brut (PIB) au premier trimestre prolonge une série d’indicateurs favorables enregistrée en tout début d’année, parmi lesquels le recul inattendu du chômage en février, ainsi qu’une embellie sur l’inflation. « Les chiffres publiés montrent que le gouvernement a le bon plan économique », a salué la ministre des Finances, Rachel Reeves, dans un communiqué publié ce jeudi.
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« Un chiffre correct pour le premier trimestre peut offrir un certain répit politique, mais la hausse des coûts de l’énergie et celle des rendements des obligations d’État indiquent que les prochains mois seront plus difficiles », a mis en garde Lindsay James, analyste chez Quilter, auprès de l’AFP. « Il est peu probable que le Royaume-Uni soit à l’abri des retombées de la guerre, d’autant plus qu’il est importateur d’énergie », a-t-elle averti.
Pour redorer son image, Keir Starmer peut compter sur son succès à l’international, où il s’est évertué à redonner un poids à la voix du Royaume-Uni, affaiblie depuis le Brexit, en janvier 2020. Il a notamment maintenu, tant bien que mal, de bonnes relations avec Donald Trump, lui permettant d’obtenir des droits de douane plus avantageux que ceux imposés par le président américain à l’UE. Est également salué le rapprochement du Royaume-Uni avec l’UE, ce qui lui a permis de décrocher un assouplissement des barrières commerciales avec les 27.
Une réunion du G7 et un sommet réunissant le Royaume-Uni et l’UE attendent le Premier ministre britannique d’ici à la fin du mois de juillet. Deux opportunités pour tenter de redorer son blason auprès des électeurs et de ses détracteurs. À condition qu’il se maintienne jusqu’à l’été.
Charlotte JOYEUX avec AFP

