« Cette guerre, on la mène avec détermination et on ne lâchera rien. Oui, le combat est compliqué, mais on ne perdra pas cette guerre », a martelé Laurent Nuñez depuis Nantes, vendredi 15 mai 2026. Le ministre de l’Intérieur s’est déplacé sur le lieu de la fusillade, survenue jeudi soir, au cours de laquelle un adolescent de 15 ans a été tué. Deux mineurs ont été grièvement blessés dans le quartier populaire de Port-Boyer, au nord de Nantes. Ces deux blessés hospitalisés, des garçons de 13 et 14 ans, sont « désormais hors de danger », a confirmé le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy. Une cellule psychologique du Samu a été mise en place dans le quartier.
Jeudi, vers 19 h 30, deux individus « cagoulés » sont arrivés et ont ouvert le feu « un peu à l’aveugle » sur un groupe de jeunes adolescents, dans ce quartier hérissé de barres d’immeubles, construites au milieu de la verdure au bord de l’Erdre, a rappelé le ministre. Si les motifs de la fusillade sur ce point de deal sont « très probablement liés » au narcotrafic, Laurent Nuñez a insisté sur le fait que rien n’indiquait que les adolescents visés par les tirs, « et a fortiori » celui qui est décédé, étaient liés au trafic.
« Ça m’inquiète, j’en ai assez de tout ça »
Ce point de deal est « très convoité », la police ayant interpellé cinq personnes, en mars, et « quand on déstabilise les territoires, on crée des guerres de territoire », a expliqué le ministre, faisant le parallèle avec des faits récemment survenus à Nice et près de Lyon. Lundi 11 mai, à Nice, en plein après-midi, un homme, déposé en voiture avec une trottinette, avait tiré par rafales en direction d’un groupe devant un café et un magasin de bonbons, tuant deux pères de famille de 57 ans et 39 ans. Il avait aussi blessé six personnes, dont trois grièvement. Le même jour, à Décines-Charpieu, en banlieue de Lyon, un incendie « d’intimidation » a conduit à la mort de trois personnes, « qui n’avaient rien à voir avec le trafic de stupéfiants », a rappelé Laurent Nuñez.
« Il y a des drames qui se produisent », mais « il faut continuer à déstabiliser, à démanteler des réseaux. Ce qui s’est passé hier renforce notre détermination pour poursuivre cette lutte incessante » contre le narcotrafic, a-t-il encore déclaré, après avoir échangé avec des habitants et la maire de Nantes, Johanna Rolland.
Vendredi matin, trois impacts de balles sont toujours visibles dans la porte d’entrée de l’immeuble, au 3 de la rue de Pornichet, où les tirs se sont produits. Une habitante de l’immeuble a décrit, sous couvert d’anonymat, comment elle a découvert l’un des adolescents touchés par balle « qui ne respirait plus », disant avoir pensé à lui « toute la nuit ».
Une voisine « envisage de quitter le quartier » où elle « a grandi ». Son petit garçon de dix ans a dit avoir « très peur ». « Ça m’inquiète, j’en ai assez de tout ça », se désole le garçonnet, qui ne veut plus dormir qu’au côté de sa mère depuis les premiers coups de feu entendus dans le quartier, il y a plusieurs semaines. Le trafic s’est « installé petit à petit », a témoigné Cécile, sexagénaire qui habite rue de Pornichet « depuis 1995 » et qui se dit « profondément choquée ».
Le chiffre d’affaires du marché de la drogue en France était estimé à 6,8 milliards d’euros en 2023, soit trois fois plus qu’en 2010, selon la Mildeca, la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.