Dans sa boutique, Christophe Marignier a laissé sur les étals les tisanes, bonbons, gellules et chocolats fabriqués à base de cannabidiol (CBD), ce produit issu du chanvre connu pour ses effets relaxants. Mais il a enlevé les prix car il ne peut plus les vendre depuis ce vendredi 15 mai.

À partir de cette date, la direction générale de l’alimentation (DGAL) a décidé d’appliquer la réglementation européenne et d’interdire la commercialisation de tous les produits alimentaires à base de CBD – qui jusque-là était tolérée. Même si le produit peut encore être fumé ou consommé sous forme de liquide pour cigarettes électroniques. La raison de cette décision : réduire le nombre d’intoxications lié à la consommation de produits à base de CBD, dont le marketing attire un jeune public.

« Je vais devoir fermer ma boutique »

“J’avais une approche thérapeutique avec une clientèle, d’une moyenne d’âge de 50 ans, en recherche de bienfait sur la santé avec des produits à ingérer. Donc les produits alimentaires représentent 80% de mon chiffre d’affaires… Je vais devoir arrêter et fermer ma boutique dès que possible”, regrette Christophe Marignier, qui avait ouvert le Kanab Store dans le centre-ville de Montpellier en 2021. “Comment continuer une activité avec 20% de son chiffre d’affaires ? C’est impossible”, continue le chef d’entreprise qui dénonce une réglementation qui “n’a ni queue ni tête”.

Mais pour la plupart des boutiques de CBD à Montpellier, les produits alimentaires représentent entre 20 et 30 % du chiffre d’affaires, loin derrière la fleur à fumer, qui reste le principal moteur des ventes.

« Oui pour mieux contrôler, pas pour interdire »

“C’est dommage pour la diversité de consommation”, regrette un vendeur qui a requis l’anonymat. “Oui pour mieux contrôler les produits, mais pas pour les interdire”, continue le jeune homme devant une étagère vide où jusqu’à la veille étaient présentés des gummies, des cookies et des petits cônes fabriqués à base de CBD. “Tous les invendus de stock seront des pertes sèches pour le commerce.”

IMG_0232.JPGLes gummies et cookies au CBD ont disparu des rayons dès le 15 mai. © T.O / Hérault Tribune

Dans la même rue de l’Aiguillerie dans l’Écusson, bondée en ce vendredi de pont du mois de mai, plusieurs magasins proposent des produits au CBD. Luigi entre dans la boutique Seeds Experience, comme il a l’habitude de le faire régulièrement. “Je suis venu acheter un max de bonbons”, explique le jeune homme. “L’interdiction m’embête parce que j’avais trouvé un bon équilibre par rapport à ma consommation. Ça me permet de moins fumer”, continue-t-il. Pour la suite, il imagine qu’un marché noir va se créer pour pouvoir continuer à se procurer ces produits. “Mais y’a aucune garantie sur la qualité ni sur la sécurité”, se désole-t-il.

Hans Bonichon, qui va bientôt reprendre la boutique Seeds Experience ouverte en 2018, déplore des “amalgames” : “Les intoxications alimentaires au CBD ne viennent pas du CBD mais des molécules de synthèse utilisées sur certains produits”.

« 25 à 30% de notre chiffre d’affaires disparaît »

Dans sa boutique, deux jarres remplies de bonbons aux trois-quarts vides sont encore ouvertes. “Dès qu’elles sont finies, on arrête.” Sur les autres étagères, tout a disparu. Huile, infusion, chocolat ont été remplacés par des tisanes sans CBD. “Ça représente 25 à 30% de notre chiffre d’affaires qui disparaît”, assure Hans Bonichon, qui trouve cette décision “aberrante” et qui demande d’abord “une régulation des molécules de synthèse”.

IMG_0225.JPGLes gummies au CBD ne peuvent plus être vendus à partir du 15 mai. © T.O / Hérault Tribune

“Il sera toujours possible d’en acheter sur le marché gris, c’est-à-dire acheter des produits à des entreprises européennes sur internet, qui vont livrer en France”, anticipe le commerçant qui s’inquiète de la qualité de ces produits. “Encore une fois, pour protéger le consommateur, on l’envoie vers un truc encore plus dangereux.”