La probable non-installation de ces systèmes de défense américains est un coup dur pour l’Allemagne et pour les Européens qui tablaient dessus pour répondre à l’installation, depuis 2018, par la Russie de missiles Iskander dans l’enclave de Kaliningrad. Central en termes de dissuasion, ce soutien américain était destiné à combler, de manière transitoire, le vide sécuritaire, le temps que les Européens disposent de leurs propres systèmes de frappes en profondeur, au plus tôt d’ici 2030. « C’est désormais avant tout à Berlin de trouver une alternative, puisqu’elle a convenu avec les États-Unis, en marge du sommet de l’Otan de 2024, de déployer ces systèmes en Allemagne dès l’été 2026. Il s’agissait d’un accord bilatéral entre l’Allemagne et les États-Unis, qui revêt une dimension européenne », confirme Aylin Matlé, de la Société allemande de politique étrangère (DGAP).
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À Berlin, si certaines voix espèrent un changement de position de Washington, on s’affaire donc pour trouver des alternatives. Le 11 mai, le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius et le président ukrainien Volodymyr Zelensky ont annoncé le développement et la production conjoints de drones d’une portée pouvant atteindre 1 500 kilomètres. Selon certains médias, Berlin envisagerait aussi la fabrication de systèmes Tomahawks, via une joint-venture entre deux entreprises bavaroise et américaine.
Le gouvernement étudierait aussi l’achat à la Turquie de missiles intercontinentaux de type Yildirimhan, d’une portée de 6000 km, et de missiles hypersoniques de type Tayfun Block 4. Un sujet qui sera certainement abordé le 18 mai lors de la visite à Berlin du ministre des affaires étrangères turques, Hakan Fidan. L’experte Aylin Matlé limite toutefois les attentes envers de telles alternatives. « Les missiles intercontinentaux turcs n’en sont encore qu’à la phase de test. Quant aux drones ukrainiens à longue portée, ils n’ont pas la même efficacité que les missiles Tomahawk », estime cette experte.
À ce stade, rien de concret ne sort des arcanes du pouvoir berlinois, car comme nous le rappelle Jürgen Hardt, le président de la commission des Affaires étrangères au Bundestag : « En matière de défense, il est préférable de négocier derrière des portes fermées ». L’élu chrétien-démocrate considère que « toutes les options doivent être discutées. Le ministre de la défense est sur le dossier ». Boris Pistorius prépare en effet un voyage à Washington lors duquel il cherchera certainement aussi à savoir si la procédure d’achat de Tomahawks, lancée l’été dernier, pourrait aboutir. Un scénario jugé désormais peu probable par les autorités allemandes, depuis le lancement de la guerre en Iran par les États-Unis et Israël.
Initiatives européenne et nationale
À Berlin, on rappelle par ailleurs avoir pris des décisions pour combler, à moyen terme, le trou sécuritaire face à la Russie. Parmi celles-ci, le lancement en juillet 2024 de l’initiative Elsa (European long strike approach) avec la France, la Suède, la Pologne, l’Italie et le Royaume-Uni, pour la fabrication de missiles balistiques et de drones de longue portée.
Au niveau national, l’Allemagne a aussi lancé la modernisation des 600 missiles de croisière air-sol Taurus – d’une portée de 500 km et donc très inférieure à celle des Tomahawks – et chargé les entreprises Saab et MBDA de produire un nouveau modèle, le Taurus Neo.
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Sur une chaîne de télévision, le politologue Nico Lange disait de son côté croire en une « réaction rapide de l’industrie de défense allemande ». À une condition toutefois : qu’une telle initiative ne « s’enlise pas dans les structures bureaucratiques habituelles ».