Souvent absente des programmes scolaires, l’histoire de l’art suscite, comme peu d’autres disciplines, un intérêt particulier auprès d’un large public d’amateurs – pour qui l’offre de cours et conférences en tout genre ne manque pas.

À l’évocation de son dernier cours dispensé fin avril dans l’auditorium du musée d’Orsay, il y a une pointe de nostalgie dans la voix de Laurence Bertrand Dorléac. La professeure d’histoire de l’art à Sciences Po signe ce printemps sa dernière saison en collaboration avec le musée, où elle a enseigné pendant 15 ans à un groupe de 200 étudiants de Sciences Po – mais pas que. C’est à ces amateurs fidèles, qui ont depuis longtemps délaissé les bancs de l’université, que la professeure manquera sensiblement le plus. « Certaines personnes me suivent depuis la toute première saison. Chaque année à la fin du cours, on vient me voir pour me remercier. J’ai des étudiants de tous les âges et de tous les horizons professionnels », explique-t-elle. Une avocate en droit humanitaire, à qui la plongée dans l’histoire de l’art change les idées, un aide-soignant à la Croix-Rouge, qui y trouve de quoi reposer son esprit, un ancien gardien de musée, une psychologue retraitée, un scientifique spécialiste des ovaires, un professeur de français enseignant l’option histoire de l’art en secondaire… La matière à l’histoire millénaire attire des profils multiples, qui y cherchent, et trouvent, un loisir aussi ludique qu’instructif.

Objet complet

À une époque de surstimulation et de surconsommation d’images, la promesse peut paraître contre-intuitive. Jusqu’à preuve du contraire : moins intimidante qu’un pavé de philosophie, moins décourageante qu’un roman à rallonge, mais plus reposante qu’un défilé sans fin de photos sur Instagram… Accessible, quoique exigeante, l’histoire de l’art représente un parfait antidote à la fatigue optique chronique dont souffrent ces jours-ci nos yeux et nos esprits. Par essence interdisciplinaire, elle permet aussi de faire converger et se rencontrer des centres d’intérêt divers et variés. « L’histoire de l’art est un objet quasi total, un objet un peu complet », note Laurence Bertrand Dorléac, qui appréhende ses cours « sur le mode de l’exploration. Il n’est pas question de vulgarisation, ni de rester dans le tout petit monde des experts – l’un comme l’autre m’ennuie –, mais de déplier la matière différemment. Ce que je transmets à mes étudiants peut venir de discussions avec des Picassiens, mais j’exprime les choses simplement ». Comme…