« C’est pénible, j’espère qu’on ne va pas nous laisser là. » Marie-Thérèse fait régulièrement des allers-retours à Nice pour des soins médicaux. Avec son mari, lors de leur dernier voyage fin avril, ils ont eu une « surprise ». Au retour, le couple de retraités ajacciens s’est vu parcourir « plusieurs centaines de mètres » pour rejoindre leur porte d’embarquement en A44, installée dans la nouvelle extension du terminal 2 de l’aéroport de Nice Côte d’Azur. « Aucune information en amont, aucune information le long du couloir à l’arrivée… Le retour aussi a été pénible. Mon mari, qui a des problèmes aux pieds, n’en pouvait plus. Quand nous sommes arrivés à la porte il n’y avait même pas de siège pour s’asseoir ! », s’exclame la retraitée.

Demande d’assistance possible

Pour son prochain rendez-vous médical qui aura lieu fin mai, la septuagénaire aura peut-être besoin de formuler une demande d’assistance auprès de l’aéroport. Pour le père d’Emmanuella, suivi à Nice dans le cadre d’un traitement contre le cancer, la question ne se pose plus. Au vu de la distance à parcourir, elle n’hésitera pas. « Habituellement, la canne de mon père lui suffit. Notre dernier aller-retour l’a beaucoup fatigué, ça n’est plus possible, déplore-t-elle. C’est honteux que les passagers n’aient pas été prévenus en amont de ce changement. Cette aile E n’est pas adaptée aux personnes à mobilité réduite, il y a plus d’un kilomètre à parcourir ! »

« C’est une contrainte supplémentaire »

Les professionnels qui se rendent régulièrement sur la Côte d’Azur déplorent aussi cette nouvelle disposition. « C’est insupportable » pour Éric, qui travaille dans le secteur de l’immobilier et se déplace à Nice trois à quatre fois par mois. « Il faut marcher un quart d’heure, s’agace-t-il. Au lieu de fluidifier les choses, on les complique. J’ai l’impression qu’on est puni. »

Une partie de la nouvelle extension du terminal 2 de l'aéroport Nice Côte d'Azur.Une partie de la nouvelle extension du terminal 2 de l’aéroport Nice Côte d’Azur. Aéroport Nice Côte d’Azur

Vingt minutes, un quart d’heure, dix minutes… les durées du temps de marche divergent selon les témoignages. Du côté de l’aéroport de Nice, on répond que la distance est équivalente à 270 mètres de surface plane depuis le passage de la sécurité jusqu’aux nouvelles portes d’embarquement. « Ce qui équivaut à environ 4 à 5 minutes de marche en moyenne », estime Aymeric Staub, porte-parole des aéroports de la Côte d’Azur. Impossible pour Marie-Noëlle qui, elle, évoque plutôt un trajet d’une durée d’au moins 15 minutes. « C’est une contrainte supplémentaire, explique-t-elle. Pour ma fille Pauline, qui est diabétique, il va désormais falloir vérifier sa glycémie avant d’entamer le parcours et toujours prévoir un encas sucré. »

Pour Elsa et Marie, deux étudiantes en alternance qui se rendent à Nice une fois par semaine, le constat est moins sévère. « Je suis plutôt mitigée. On n’a plus besoin d’attendre le bus, c’est une bonne chose mais je pense que ce n’est pas pratique pour les retraités », souligne la première. « J’arrive avec un peu de retard en cours donc ce n’est pas à négliger, indique la seconde. Ils auraient pu communiquer sur ces changements mais d’un autre côté ça désengorge les autres portes, ça n’est pas une mauvaise idée. »

Un terminal « plus confortable et fluide pour nos clients »

Du côté de l’association Inseme, qui assiste les Corses se rendant sur le continent pour raisons médicales, on « déplore tout ce qui fatigue davantage les malades », des mots de Nathalie Lanfranchi, la directrice. La responsable indique tout de même avoir toujours eu un « bon contact » avec les équipes de l’aéroport de Nice Côte d’Azur : « Ils sont à l’écoute, coopérant. »

« Je n’ai pas eu beaucoup d’appels à ce sujet, relativise Nathalie Lanfranchi. Quoi qu’il en soit, nous sommes impuissants là-dessus, nous ne pouvons qu’inciter les gens à demander une assistance médicale. »

Concrètement, si les départs des vols Air Corsica sont désormais, de manière intermittente, organisés depuis cette nouvelle aile de l’aéroport c’est parce que la compagnie s’est dite « intéressée ». Les services aéroportuaires lui ont donc accordé ces emplacements qui revêtent un avantage de taille : il n’est plus nécessaire d’utiliser un bus pour rejoindre les avions.

Un avantage économique pour la compagnie, où 70 départs volontaires sont prévus dans le cadre d’un plan de transformation. « Nous privilégions toujours le confort du client et nous sommes convaincus que ces nouveaux emplacements, installés dans une aile neuve, améliorent la qualité de notre service. Si l’absence de bus représente effectivement une économie pour la compagnie, cette décision n’a en aucun cas été prise au détriment des passagers, bien au contraire. Nous pensons qu’une opération de débarquement/embarquement à pied à proximité du terminal est bien plus confortable et fluide pour nos clients », indiquent auprès de Corse-Matin les services d’Air Corsica.

De nouveaux dispositifs d’assistance

Car si le trajet est effectivement plus long, la compagnie et l’aéroport y voient surtout des points positifs. Mobilier neuf, couloirs plus larges, surface plane… « Toutes les portes sont accessibles via des ascenseurs pour les personnes à mobilité réduite, on évite d’éventuels retards liés aux bus, il n’y a plus d’attente debout dans les transports sur le tarmac avant de rejoindre l’avion… Nous ne sommes en aucun cas dans la négligence, défend Aymeric Staub. Les passagers ont leurs habitudes. En cas de changement, ils voient d’abord les désagréments mais nous sommes convaincus que cette nouvelle disposition est un gain en termes de confort. Nous encourageons également ceux qui avaient pris l’habitude d’arriver à la dernière minute d’adapter leur temps de parcours. »

À partir du mois de juin, l’aéroport assure également que les personnes faisant appel à l’assistance seront mieux prises en charge grâce à la mise à disposition de nouveaux fauteuils « Mobby », des assises installées sur une plateforme électrique motorisée. Une assistance qui devrait, selon les témoignages recueillis, être bien plus sollicitée qu’auparavant.