« On ne perdra pas cette guerre », a déclaré, vendredi 15 mai à Nantes, Laurent Nuñez au lendemain de la mort d’un adolescent de 15 ans. Bien sûr, on aurait envie de le croire. Mais l’envie ne suffit pas et ces mots qui peinent à nous rassurer étaient peut-être également ceux d’un ministre de l’Intérieur qui cherche à se convaincre lui-même.
Il suffit de remonter de deux ou trois mois dans l’actualité nationale pour douter de la capacité de l’État à faire plier les narcotrafiquants et à les empêcher de semer la désolation dans nos villes. Nice, Grenoble, Toulouse, Avignon, Villeurbanne, Nantes… le rythme moyen d’un mort par semaine fige d’effroi. Si «la guerre» dont parle Laurent Nuñez n’est pas perdue, le moins que l’on puisse se dire, c’est que la victoire tarde à se dessiner.
D’une doctrine à l’autre, les gouvernements qui se succèdent semblent ne plus savoir que faire. Un jour, ils donnent la priorité aux enquêtes, un autre ils ne jurent que par le harcèlement des points de deal. Désemparés, il leur reste les effets d’annonce, les témoignages de compassion et les coups de menton. On peine à leur tenir rigueur de leur impuissance tant le narcotrafic s’est imposé partout dans notre pays.
Faudrait-il sanctionner plus lourdement les consommateurs qui sont tout un chacun, des voisins, des amis, nous-mêmes qui entretenons des entreprises criminelles ? Quels effets peuvent espérer des renforts de police ou un énième nouvel arsenal juridique quand des dealers qui ont des âges d’enfants gagnent bien davantage que leurs parents ?
Faudrait-il au contraire reconnaître la défaite et légaliser ? À défaut, très honnêtement, de s’être forgé des convictions solides, une certitude résiste à tous les discours simplistes et à la démagogie : si « la guerre» doit être gagnée, elle ne le sera pas qu’avec les seules réponses sécuritaires. Il faudra bien, un jour, mieux éduquer, mieux prévenir les addictions et mieux aider les personnes qui souhaitent se sortir de l’emprise d’une drogue.