Par

Noa Gratigny

Publié le

16 mai 2026 à 8h08

Feuille en main, elle apprend son discours. Celui qu’elle va prononcer ce samedi 16 mai 2026, Place du Vieux-Marché. Jacqueline Madeline est choisie marraine des Fêtes Jeanne d’Arc par la ville de Rouen. Celle qui avait reçu la médaille de la ville en 2024 revient sur les engagements qui ont marqué sa vie.

Gynécologie, clinique Mathilde : le travail au cœur de sa vie

Dring, dring, dring. Le téléphone de Jacqueline Madeline sonne. Au bout du fil, le service communication de la ville de Rouen. Étonnée, elle vient d’apprendre qu’elle est la marraine des Fêtes Jeanne d’Arc. Elle s’interroge. Pourquoi elle ? Pourtant, son lien avec la Pucelle d’Orléans est tout trouvé. Toutes deux sont engagées et combatives.

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » À cette question posée Jacqueline a la réponse dès son plus jeune âge. Elle veut travailler dans le milieu médical en tant que gynécologue obstétricienne. Comptant parmi les meilleurs, elle effectue ses études à Paris pendant près de 10 ans.

Premiers pas dans la vie active. En 1972, elle rejoint la clinique Saint-Romain en tant que gynécologue obstétricienne. Jacqueline ne compte pas ses heures. Cinquante heures de travail par semaine ? Rien de plus normal pour elle. Tout au long de sa carrière, elle accompagne près de 20 000 nouveau-nés rouennais. Des années après, ses yeux brillent toujours quand elle parle de ce métier.

Changer de veste et de rôle. Jacqueline connaît bien. Elle participe à la création de la clinique Mathilde. Recherche du terrain, échanges avec les constructeurs et avec les actionnaires, la gynécologue devient femme d’affaires.

Mai 68, avortement… l’engagement comme ADN

Chez Jacqueline, l’engagement n’a rien d’un hasard. C’est un ADN familial. Même s’il n’est pas humanitaire. Sa mère, figure connue à Rouen avait notamment participé à la piétonnisation de la rue du Gros-Horloge, la première en France.

Toute petite déjà, elle lutte contre les injustices. Elle est toujours du côté de « ceux qui ont besoin qu’on les défende ». Marquée par mai 1968, elle grandit avec l’idée que tout est possible. Jacqueline sait que le changement est entre ses mains, et celles de toute une génération. À l’époque, rien n’est acquis pour les femmes, qui sont constamment infériorisées. Dans le milieu médical, elle évolue comme seule femme parmi les obstétriciens, mais elle a su se faire sa place.

« Être féministe ce n’est pas un slogan. C’est une action » affirme Jacqueline. En tant que gynécologue, elle décide d’agir. Avant le passage de la loi Veil, Jacqueline aide des femmes à avorter clandestinement. Un engagement illégal, certes, mais qu’elle considère comme son devoir. La prison ne l’effraie pas, ce qu’elle craint, c’est de perdre son poste à la clinique.

Féministe engagée, Jacqueline est à la convergence de plusieurs luttes. Elle participe à plusieurs missions humanitaires en Afrique, où elle se rapproche des populations étrangères et se sensibilise au sort des migrants. Elle comprend vite qu’il est plus efficace d’aider les personnes une fois arrivées en France, plutôt que dans leur pays d’origine.

C’est dans cette optique qu’elle devient bénévole au sein de l’association Médecins du Monde. Tous les soirs, l’association ferme ses portes et les réfugiés sont contraints de dormir dehors. Elle ne peut le supporter. Alors Jacqueline accueille des réfugiés chez elle, en expliquant « avoir une grande maison ». Quoique si celle-ci s’avérait plus petite, la porte de chez elle serait restée grande ouverte. C’était une solution à court terme, certes, mais il fallait trouver un cadre. Chaque problème a sa solution.

En 2015, « avec une petite bande », elle crée l’association Welcome Rouen Métropole. Les maîtres mots sont simples : solidarité et hospitalité. L’association organise l’hébergement de personnes exilées au domicile de particuliers, ou dans des logements partagés. À la tête de l’association pendant cinq ans, elle aide aujourd’hui les réfugiés en tant que bénévole.

Une vie familiale au second plan

Mère de quatre enfants, Jacqueline reconnaît que sa vie professionnelle a souvent empiété sur sa vie familiale. Elle se souvient notamment de ces longues journées qui se prolongeaient tard dans la soirée : « certains soirs, je rentrais à 22 heures. Avant de partir du travail, j’appelais mes enfants pour qu’ils préparent le repas. Mais souvent j’arrivais avec 30 minutes de retard à cause d’un contretemps ».

À défaut de passer beaucoup de temps avec eux, elle s’assurait d’être présente pour les moments importants. Jacqueline privilégiait le qualitatif au quantitatif. Régulièrement, elle les emmenait chacun leur tour au restaurant pour échanger. Malgré une vie à cent à l’heure marquée par ses nombreux engagements, ils restent sa plus belle fierté.

Le téléphone sonne. Elle décroche aussitôt. Au bout du fil, un réfugié demande son aide. Jacqueline Madeline ne s’arrête jamais.

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