La somnolence constitue un enjeu majeur de santé publique. Elle touche plusieurs millions de personnes et représente la première cause de mortalité sur les autoroutes. Parmi les maladies susceptibles de provoquer une somnolence pathologique, figure la narcolepsie. En France, entre 10.000 et 15.000 personnes seraient concernées, avec un délai moyen de diagnostic de six à huit ans.

C’est sur cette pathologie que travaille depuis plus de vingt-cinq ans le professeur Yves Dauvilliers, neurologue spécialiste du sommeil au CHU de Montpellier. À 55 ans, il dirige le laboratoire du sommeil du CHU de Montpellier et mène ses recherches en lien avec l’Institut des neurosciences de Montpellier. « Ce qui m’intéresse, c’est la physiologie du sommeil : pourquoi on dort, pourquoi certains dorment trop, trop longtemps ou à l’inverse pas assez… », explique celui qui étudie la narcolepsie, pathologie qui se manifeste par des endormissements irrépressibles, y compris en situation active. « Les patients peuvent s’endormir plusieurs fois par jour, sans pouvoir lutter », dépeint le neurologue.

Un autre symptôme de la narcolepsie est la cataplexie (perte soudaine du tonus musculaire). « Ce n’est pas uniquement une sensation d’avoir les jambes coupées, c’est une vraie perte de force musculaire », insiste-t-il. Dans 80 % des cas, la pathologie apparaît entre 10 et 25 ans et peut être très invalidante, avec des conséquences sur la scolarité, l’insertion professionnelle ou la conduite automobile.

Les travaux menés entre autres à Montpellier ont permis d’identifier la cause de la maladie. La narcolepsie est liée à un déficit en orexine (également appelée hypocrétine), une protéine synthétisée par environ 80.000 neurones dans l’hypothalamus, sur les 100 milliards que compte le cerveau. Ces neurones sont détruits par un mécanisme dysimmunitaire.

Les traitements disponibles à ce jour reposent sur des stimulants. « On améliore la condition de vie des patients : ils peuvent travailler, conduire, mais on reste dans une logique symptomatique », rappelle Yves Dauvilliers. Depuis cinq à six ans, une nouvelle étape est franchie. En collaboration avec le laboratoire Takeda, il participe au développement d’une molécule capable de compenser la voie déficitaire de l’orexine. Les résultats sont jugés spectaculaires : « Les patients disent « je ne suis plus narcoleptique » », rapporte le neurologue. Les essais cliniques de phases 2 et 3 sont achevés. Une dernière étude doit évaluer l’association avec les traitements existants, avant que les agences réglementaires ne statuent sur l’indication précise et les conditions de mise à disposition.

Amélie Cazalet

Sur la photo : Yves Dauvilliers au CHU de Montpellier Crédit : Hélène Ressayres-ToulÉco.